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Je suis Charlie

Culture Paris

Que dire face à l’attentat commis contre Charlie Hebdo ? A Cabu, Charb, Wolinski et Tignous et aux autres personnes tuées par des sauvages ! J’en reste toujours sans voix. Pour être honnête, j’ai manqué me noyer. J’étais dans mon bain tranquillement en train de barboter quand j’ai reçu un texto d’une copine m’annonçant l’événement. J’aurai pu glisser sur ma savonnette, l’effet aurait été le même ! Quel manque de courage de la part de ces animaux qui tuent des journalistes qui ne font que leur travail et qui n’acceptent pas de voir d’autres courants de pensées exister. Dans tous les cas, Je suis Charlie

Je suis Charlie

Je suis Charlie

A Jet-lag-trips, notre vocation, c’est le voyage. Des choses futiles. Pourtant quand on découvre avec horreur les récents événements, difficile de se taire. Voilà pourquoi ce papier ! Parce que la liberté d’expression est capitale, fondamentale. Que même si on ne dénonce rien de fondamental sur ce site, on reste profondément choqué par ces récents événements tragiques.

Je suis Charlie

Quand j’ai commencé à 11 ans à dire à mes parents que je voulais être journaliste, je ne savais pas que j’allais en chier autant. Excusez mon langage mais aujourd’hui, je n’ai pas le ton de la bonne formule. Oui, je suis en colère. Voire révoltée et scandalisée. Même si je n’aime pas raconter ma vie, je vais quand même le faire… Juste pour remettre les choses dans leur contexte.

A 16 ans : je rentre à  la Dépêche du Midi en tant que correspondante grâce à un rédacteur en chef qui comprend mon envie de raconter ce qui se passe.

A 22 ans : En stage pour France 3, je me retrouve sous des jets de pierre dans une banlieue sensible à Strasbourg un soir de réveillon. Le caméraman, lui, reviendra avec un bras cassé et une caméra explosée.

A 23 ans : Je suis diplômée d’une école de journalisme reconnue par la convention collective des journalistes après  une licence d’histoire et d’anglais.

A 24 ans : Je pars en Tchétchénie pour un reportage où je risque ma vie, inconscience de mon jeune âge, sans doute, qui me fait croire qu’un papier peut changer le monde. Pourtant la réalité est là. Aucune rédaction ne me répondra. Tous les rédacteurs en chef de la planète sont occupés. Je mors mon frein. Et mon papier restera invendu.

A 25  ans : Je pars en Haïti pour RFO TV tourner un sujet sur Wyclef.  Les tontons macoutes débarquent dans la rue avec des machettes à la main prêts à tuer n’importe quel clampin qui est sur leur passage. Aristide vient de démissionner et moi, grande blanche élancée, je me retrouve à faire un direct en pleine rue sous le bruit des balles qui fusent.

A 26 ans : En Guyane Française, pour RFO TV, je manque de mourir dans un hélicoptère de l’armée canardé par des orpailleurs illégaux. Un des deux gendarmes pilotes meurt, l’autre est blessé.

A 30 ans  : Après quatre années plus calme, je reviens en France. Et là, débute ma seconde vie de journaliste. Celle de la lutte pour manger, pour pouvoir vivre décemment ! Car oui, le quotidien d’un journaliste, ce n’est pas les starlights des studios de canal +. Non, c’est bien plus compliqué que cela. C’est se demander de quoi on va vivre. Qui sera le bon rédac chef qui acceptera de vous parler en face et de vous laisser écrire dans un canard ?

A 33 ans : Je travaille comme rédactrice en chef d’un magazine. La directrice peu scrupuleuse essaye purement de m’arnaquer en essayant de me refiler une gérance douteuse et oublie de me payer pendant 4 mois. Autant vous dire que je ne suis pas partie bien loin en vacances. J’ai du prendre un avocat -1800€-, attendre 3 ans avant que le tribunal requalifie ma démission en licenciement économique, j’ai alors perdu toute confiance en moi. Pourquoi ?

A 36 ans : Rien n’a changé, c’est toujours la même désillusion. On me propose des tarifs à 15 euros l’article sans vous parler des médias nationaux qui, eux, vous proposent deux doubles pages payés même pas au prix d’une demi-page.

Pourtant aujourd’hui, j’ai reçu un courrier

 » Le commission des journalistes m’octroie ma carte de presse pour 2015. » Quand j’ai eu fini de lire le courrier, j’ai éclaté en larmes, de chaudes larmes, tellement heureuse de voir enfin ces dernières années de travail ignoble récompensé d’un statut de journaliste pigiste. Parce que malgré les prises de risques, les galères pour vendre un article, il n’empêche que je crois en la liberté d’expression comme les journalistes de Charlie. Je ne suis pas achetable et encore moins manipulable.

Alors j’entends bien tous les gens autour de moi qui me disent : « Mais fais une formation pour faire autre chose. » J’entends et je comprends leur position et leurs inquiétudes. Mais quoi faire ? Je ne sais pas faire autre chose que du journalisme. J’aime profondément mon métier, j’aime l’idée de me battre contre l’ignorance et la manipulation des foules, contre ces malades qui tirent en pensant à Allah sur des journalistes innocents. Et ça, je ne peux l’accepter.

J’aime l’agitation dans une rédaction, le bazar pour trouver une idée de sujet palpitante.  Je ne vous parlerai pas des soucis avec l’Anpe qui te radie pour un oui ou un non sans lire les textes de lois et les rédacteurs en chef qui vous zigouillent lorsque à un retour de reportage tu n’as pas eu l’info qu’il fallait ou  qu’ils attendaient ou bien parce qu’il manque une virgule tout simplement au 450 signes que tu as du écrire en plein rush. Les conditions pour faire ce métier deviennent de plus en plus compliquées. Les entreprises ne recherchent que de la publicité et en aucun cas de répondre aux questions des journalistes. La preuve : les menaces que reçoit Elise Lucet par certains dirigeants d’entreprise sous prétexte qu’elle fait son boulot, par exemple. Les menaces deviennent fréquentes quand on choisit ce métier. Je ne vous parlerai pas des appels à pas d’heure de gens en détresse qui vous harcèlent au téléphone en vous menaçant.

Je suis profondément écœurée par ce qui s’est passé et je m’associe à la douleur des familles des journalistes qui ont été assassinés comme de la chair à canon ! Je suis Charlie

Évidemment je pourrai m’insurger contre les politiques qui gueulent partout que les médias sont trop nombreux, qu’on les emmerde à les suivre partout. Mais j’en ai jamais vu un dire non à une interview. Bizarrement très certainement. Je pourrai gueuler contre ces conférences de presse où on t’invite à une heure précise et où les stars que l’on attend pour interview ne viennent pas ou sont coincés quelque part. Je pourrai aussi me rebeller contre ces chargées de com qui ne savent vous faire que des sourires que parce que tu vas écrire trois lignes sur le bouquin de merde dont elles assurent la promo.

Cet article a été écrit sous une colère folle, entrecoupée de larmes. Même s’il n’est pas lu, ce n’est pas grave, il m’aura permis de prendre conscience que mon métier, même si on en vit pas, ou difficilement, il a le mérite d’exister et de dénoncer ce que font ces barbares. Et malgré l’ensemble des difficultés propres à l’exercice de nos fonctions, je continuerai à être journaliste et à défendre à ma manière la liberté d’expression, si chère à #CharlieHebdo. Aujourd’hui, #jesuisCharlie plus que jamais !

Heureusement, qu’il existe des magazines comme #CharlieHebdo pour faire entendre une autre voix. Même si aujourd’hui, on n’entendra plus celle de Cabu, Charb, Wolinski et Tignous et de 8 autres de leur confrère.

A Cabu, Charb, Wolinski et Tignous et les autres personnes tuées par des sauvages !
A Cabu, Charb, Wolinski et Tignous et les autres personnes tuées par des sauvages !
A Cabu, Charb, Wolinski et Tignous et les autres personnes tuées par des sauvages !
A Cabu, Charb, Wolinski et Tignous et les autres personnes tuées par des sauvages !
A Cabu, Charb, Wolinski et Tignous et les autres personnes tuées par des sauvages !
A Cabu, Charb, Wolinski et Tignous et les autres personnes tuées par des sauvages !
A Cabu, Charb, Wolinski et Tignous et les autres personnes tuées par des sauvages !
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Je suis Charlie

par

Charlie Hebdo


Rédigé par Christel Caulet

le 07 janvier 2015

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