Interview

Adèle Exarchopoulos : Son Carnet de Route

Elle possède cette manière bien à elle de dire « wesh » dans un total look Chanel, une sorte de dissonance magnétique qui brise instantanément le vernis des palaces. Adèle, c’est l’art du contraste permanent : capable de dévorer un Vogue sous les dorures d’un cinq étoiles avant d’aller s’enfoncer dans une auberge de forêt, sans réseau, pour le simple plaisir de disparaître. Sur grand écran, elle incarne des femmes à vif, des écorchées, des solaires. Hors champ, elle préfère observer, griffonnant des notes sur des papiers volants, des tickets de caisse ou des nappes en papier. Si Adèle Exarchopoulos tenait un carnet de route, voici à quoi ressemblerait sa géographie intime. En vrai. Sans retouches.

Par Christel Caulet

février, 2026

Escale #1 : Fort-de-France, tournage et tongs

« J’avais besoin de chaleur. De moiteur. De foutre mon portable à la mer. » On la retrouve en Martinique pour un film indépendant sur la mémoire coloniale. Pas de suite royale ici. Adèle a posé ses valises dans un hôtel simple, juste en face du marché, là où la vie hurle dès l’aube. « Tous les matins, je buvais un café noir avec les anciens. J’écoutais leurs histoires comme des chansons un peu cassées, des récits qui ne sont pas dans les livres. » Son luxe à elle ? Rien qui s’achète avec une carte de membre. Ce sont ces accras brûlants, chipés à une mamie au détour d’une ruelle. « Je les ai mangés seule dans ma chambre avec une Leffe tiède. J’ai jamais été aussi bien. C’était ça, la vérité du moment. »

fort de france
fort de france

Partir, c’est accepter de ne plus savoir exactement qui l’on est… et aimer ce vertige.

fais moi une photo réaliste de
fais moi une photo réaliste de

Escale #2 : Montréal, la mise à nu par le froid

En février, Montréal n’est pas une ville, c’est une épreuve de force. L’actrice se souvient d’un tournage militaire pour une plateforme américaine, par -20°C, où chaque mot prononcé semble geler dans l’air. « Montréal, c’est la ville qui m’a mise à nu, au sens propre comme au figuré. Je portais trois collants sous mon jean, j’essayais de débiter mon texte en anglais avec mon accent de Bagnolet… J’étais en apnée totale. » Pour ne pas sombrer, elle se réfugie dans un café-pâtisserie du Mile-End. C’est là, entre deux vapeurs de chaï, qu’elle réécrivait ses scènes sur des serviettes en papier. « J’ai gardé une phrase qui m’a hantée tout le séjour : “Je te regarde comme on regarde une maison qui brûle.” Elle disait tout du film, et peut-être un peu de moi. »

fais moi une photo réaliste de
fais moi une photo réaliste de

Escale #3 : Naples, le chaos en héritage

« Naples, c’est mon chaos préféré. Ça me ressemble, ça déborde de partout. » Elle s’y est rendue seule. Sans agent, sans plan de com’, sans même une trousse de maquillage. Un voyage en ligne droite vers l’essentiel. Un Airbnb qui sentait la lessive fraîche et le café brûlé, des nuits de douze heures et la lecture d’Elsa Triolet pour seul horizon. Elle raconte son meilleur souvenir avec cette gourmandise qui la caractérise : « Je me suis perdue dans une ruelle et je suis tombée sur un salon de coiffure resté dans son jus. Un vieux monsieur m’a fait un brushing monumental, version 1987. J’ai pleuré de rire devant le miroir en sortant. C’était moche, mais c’était tellement vivant. »

Escale #4 : Tel Aviv, l’urgence de l’air

« Tel Aviv, c’est un peu comme moi : excessive, bancale, solaire. » Cette fois, pas de clap de fin ni de script à apprendre. Juste un besoin viscéral d’air pur. Un billet pris le lundi soir sur un coup de tête, un atterrissage le mardi matin. Elle s’installe à Florentin, dans un hôtel arty qui ressemble à un ancien garage retapé, tout en béton ciré et rideaux transparents qui laissent entrer une lumière crue. On l’imagine sur une plage de sable fin en plein mois de janvier, les pieds dans l’eau froide, observant des pigeons piquer ses chips. « Là-bas, personne ne m’attendait. C’est le plus beau sentiment du monde. »

Le voyage n’est pas un décor, c’est un déplacement intérieur qui change la façon de regarder le monde.

Escale #5 : Arles, le sillage des gitans

« Arles, c’est ma parenthèse mystique. Une ville qui vibre comme une corde de guitare trop tendue. » Adèle y débarque lors des Rencontres de la photographie, non pas pour poser, mais pour disparaître dans la foule des gitans et des artistes de passage. Elle fuit les vernissages mondains pour s’attabler aux terrasses des bistrots populaires, là où le pastis est servi sans chichi et où le soleil cogne sur la pierre blanche. « Je me suis retrouvée dans une fête de quartier, avec des familles qui chantaient du flamenco jusqu’à l’aube. J’ai fini par danser pieds nus sur le pavé. » Son refuge ? Un petit hôtel caché près des arènes, une chambre avec des tomettes rouges et une fenêtre qui donne sur les toits. « J’y ai fini mon carnet. J’ai réalisé qu’au fond, je ne voyage pas pour voir des paysages, mais pour voir si je suis encore capable d’être surprise par moi-même. »

Tel Aviv
Tel Aviv
ADÈLE EXARCHOPOULOS
ADÈLE EXARCHOPOULOS