C’était un soir de mars, la pluie contre les fenêtres et un verre de vinho verde posé sur la table. J’avais ouvert Google Maps pour « juste regarder » la côte sud du Portugal. Deux heures plus tard, j’avais un itinéraire. Pas un itinéraire parfait, le genre qu’on trouve sur tous les blogs avec les mêmes dix photos des mêmes dix plages. Le mien. Celui que j’ai vraiment fait, avec les étapes qui m’ont soufflée et celles qui m’ont un peu déçue.

L’Algarve, c’est une région qui se mérite un peu. Pas parce qu’elle est difficile d’accès — Faro est à deux heures de Paris en avion. Mais parce qu’elle se révèle vraiment seulement quand on s’arrête. Quand on prend le temps de descendre vers les plages à pied, de commander une cataplana sans savoir exactement ce qu’il y a dedans, de ne pas avoir de programme pour l’après-midi. Dix jours, c’est le minimum honnête pour ce roadtrip. Une semaine, ça passe trop vite.
Avant de partir, j’avais préparé ma valise avec soin. Les indispensables pour le Portugal ne sont pas tout à fait les mêmes que pour d’autres destinations européennes — retrouvez ma liste complète dans mon guide valise Portugal.
Pourquoi choisir l’Algarve pour un roadtrip
Parce que les routes sont belles, petites et peu encombrées dès qu’on sort des axes principaux. Parce que les falaises ocre qui tombent dans une eau turquoise, ça ne ressemble à rien d’autre en Europe. Et parce que le Portugal est un pays qui a gardé quelque chose de rare : une vraie douceur de vivre, sans en faire une carte postale.
L’Algarve, ce n’est pas qu’une succession de plages. C’est aussi l’arrière-pays — les villages blancs dans les collines, les orangeraies, les marchés où personne ne parle anglais et où c’est très bien comme ça. Le contraste entre la côte vicentine sauvage à l’ouest et les stations balnéaires plus animées du centre donne au roadtrip une vraie densité. On change d’ambiance toutes les heures.
Préparer son roadtrip en Algarve : ce qu’il faut savoir avant
La voiture est indispensable. Je dis ça pour les quelques personnes qui espèrent faire ce roadtrip en transports en commun — c’est techniquement possible, c’est pratiquement douloureux. Louez une voiture à l’aéroport de Faro dès l’arrivée. Prenez une petite citadine si vous prévoyez de descendre vers les criques : certains chemins de terre sont étroits et les parkings, serrés.
La meilleure période pour ce roadtrip en Algarve, c’est avril-mai ou septembre-octobre. En juillet-août, les plages les plus connues sont bondées, les prix doublent et la chaleur devient franchement pesante à l’intérieur des terres. Le printemps portugais est une chose magnifique — les amandiers en fleurs en février-mars, puis les mimosas, puis une lumière qui s’étire jusqu’à 21h sans brûler.
Pour le budget, comptez entre 80 et 150 euros par jour pour deux personnes en hébergement correct, repas inclus. L’Algarve reste accessible comparé à d’autres destinations méditerranéennes, même si les prix ont augmenté ces dernières années dans les zones touristiques. Évitez les restaurants face à la mer sur les plages principales — la qualité ne suit pas toujours le prix de la vue.
Jours 1-2 : Faro, la porte d’entrée qu’on sous-estime
Tout le monde atterrit à Faro et tout le monde repart aussitôt vers Lagos ou Albufeira. C’est une erreur. Faro mérite au moins une nuit complète, deux si vous aimez les vieilles pierres.
La Cidade Velha — la vieille ville intra-muros — est petite, calme et un peu hors du temps. L’église do Carmo avec son ossuaire, la cathédrale Sé dont le clocher donne sur les toits rouges et le lagon, le musée municipal qui sent le bois ciré. Rien de spectaculaire, mais tout est juste. C’est la version non marketée de l’Algarve, celle d’avant les brochures.
Le soir, j’ai mangé au restaurant récent O Castelo da Mourama — une petite terrasse dans les remparts, des petiscos servis sans cérémonie, un vin local dont je n’ai pas retenu le nom mais dont je me souviens de la couleur ambrée dans le verre. C’est exactement ce que j’avais cherché.
Ce que j’ai vraiment kiffé
La Ria Formosa. Ce lagon protégé qui borde Faro à l’est est un des espaces naturels les plus beaux que j’aie vus au Portugal. Des barques de pêcheurs, des flamants roses au loin, une lumière rasante le matin qui rend tout irréel. Une promenade d’une heure suffit pour comprendre pourquoi les habitants ne partent pas.
Jour 3 : Tavira, l’Algarve d’avant le tourisme
Tavira est mon endroit préféré de tout ce roadtrip. Je l’avais noté comme « étape potentielle » sans trop y croire, et je suis restée deux nuits au lieu d’une. Ça arrive.
La ville a des influences arabes très marquées — les toits en pyramide à quatre pans, les azulejos bleus sur les façades, les ruelles qui tournent sur elles-mêmes sans logique apparente. Le pont romain sur la rivière Gilão, le soir quand les lumières se reflètent dans l’eau. J’y suis retournée deux fois en vingt-quatre heures, une fois avec un café, une fois sans rien.
La Praia do Barril, accessible depuis Tavira en petit train (oui, vraiment) puis à pied sur une passerelle de bois au-dessus des dunes, est une des plages les plus calmes de la côte est. Le « cimetière des ancres » — des centaines d’ancres de thoniers rouillées plantées dans le sable — est l’un de ces détails absurdes et magnifiques qu’on n’inventerait pas.
L’adresse que je retiens
La Hospedaria da Pensão Agricola, à quelques kilomètres du centre : une quinta rénovée avec goût, une piscine dans un jardin d’orangers, des poules qui se promènent librement le matin. Le genre d’endroit dont on parle encore six mois après.
Jours 4-5 : Albufeira, sans les clichés
Soyons honnêtes : Albufeira en juillet avec les enterrements de vie de garçon britanniques, c’est une autre planète. Mais Albufeira au printemps ou en septembre, c’est une ville balnéaire correcte avec de bonnes plages et une excursion que je recommande à tout le monde.
Les grottes de Benagil. C’est là que j’ai failli perdre mon chapeau, mon sang-froid et ma capacité à décrire les choses calmement. Une arche de roche ocre ouverte sur le ciel, une plage miniature à l’intérieur d’une caverne, une lumière qui tombe verticalement à midi. L’excursion en bateau depuis la plage de Benagil dure quarante-cinq minutes. Réservez tôt le matin — le sillage des bateaux gâche un peu la magie passé 10h.
Depuis Albufeira, on est aussi bien placé pour remonter vers Carvoeiro et la Praia da Marinha — considérée comme l’une des plus belles plages d’Europe, ce qui n’est pas du tout exagéré. Les falaises rouges et or découpées par l’érosion ressemblent à de la dentelle minérale. Prenez l’escalier, pas le sentier de randonnée, si vous avez des genoux fragiles.
Jour 6 : Silves, la surprise médiévale
Silves, c’est ce qui arrive quand on tourne à gauche au lieu d’aller tout droit vers la mer. L’arrière-pays, vingt minutes de la côte. Rien à voir avec le reste de l’Algarve.
Le château — grès rouge sombre, construit par les Maures quelque part entre le VIIIe et le Xe siècle — est la plus grande forteresse de la région. Depuis les remparts, les orangeraies et les collines. La lumière de fin d’après-midi sur cette pierre rouge, j’ai dépensé la moitié de la batterie de mon téléphone là-haut.
La vieille ville en dessous est petite, sans prétention, avec une cathédrale gothique qu’on visite en vingt minutes et quelques cafés où les locaux s’arrêtent entre midi et deux. C’est exactement ça que je cherche quand je voyage — pas un musée à cocher, mais un endroit où la vie normale continue autour de moi.
Jour 7 : Portimão et Praia da Rocha
Portimão, c’est la ville que je recommande comme base centrale pour tout le roadtrip. Elle est moins touristique qu’Albufeira, moins chère, mieux située. Le port de pêche est encore actif — le matin, il y a des caisses de poissons sur les quais et une odeur de mer qui réveille mieux que le café.
La Praia da Rocha est juste en dessous de la ville, une grande plage de sable blond bordée de hautes falaises. À l’ouest, la Praia dos Três Castelos — trois rochers imposants qui sortent de l’eau comme des sentinelles — est beaucoup moins fréquentée et infiniment plus belle. Descendez par le sentier depuis les falaises, pas par le parking.
Le soir à Portimão, mangez des sardines grillées sur le port. Ce n’est pas un conseil pittoresque, c’est un ordre. La saison des sardines en Algarve commence en mai — les premières de l’année ont quelque chose de presque cérémoniel.
Jours 8-9 : Lagos, mon coup de cœur absolu
Lagos. Je vais essayer d’être objective, mais je préviens que ça ne va pas durer.
C’est la ville la plus complète de l’Algarve. Les ruelles pavées du centre historique entourées de remparts, les places fleuries, les restaurants qui font de la bonne cuisine sans vous ruiner, un marché couvert qui sent le poisson et la cardamome. L’église de Santo António avec son intérieur baroque entièrement recouvert de sculptures en bois doré — je suis restée vingt minutes immobile devant l’autel, ce qui ne m’arrive jamais.
Et puis Ponta de Piedade. Si vous n’avez qu’un seul endroit à voir en Algarve, c’est celui-là. Des arches de roche rouge et or découpées par l’Atlantique, des grottes à explorer en kayak ou en bateau, une eau d’un vert jade impossible à reproduire en photo. Je suis descendue à 8h du matin pour éviter la foule — il y avait trois bateaux et le silence, à part le bruit des vagues dans les grottes.
Lagos mérite deux nuits minimum. J’y ai aussi trouvé les meilleurs pastéis de nata de tout le voyage — dans une boulangerie sans nom particulier à deux rues de la place Luís de Camões, reconnaissable seulement à la queue devant la porte le matin.
Pour tout savoir sur Lagos et ses environs, j’ai un article dédié : Lagos Portugal, une échappée en Algarve.
Ce que j’ai sincèrement aimé
La balade le long du Rio Bensafrim au lever du soleil. Les pêcheurs qui préparent leurs filets, la lumière rasante sur l’eau, un héron gris immobile sur une pierre. Lagos a ce truc rare : elle est belle à toutes les heures.
Jour 10 : Monchique, pour finir en douceur
Monchique, c’est l’Algarve d’altitude. Quarante-cinq minutes de Lagos, les montagnes de la Serra, la température qui chute de cinq degrés dès qu’on passe le premier col. Les eucalyptus deviennent géants. Les rhododendrons fleurissent sans que personne ne le remarque vraiment. Le matin, une brume traîne entre les collines — le genre de brume qui donne envie de commander un deuxième café.
Le village de Monchique lui-même est minuscule — une rue principale, quelques maisons aux façades colorées, une fontaine dans la vieille ville qui date de l’époque mauresque. La medronheira, l’eau-de-vie locale fabriquée à partir des baies de l’arbousier, se trouve dans toutes les épiceries. Je ne dis pas qu’elle est délicate. Je dis qu’elle est locale et que ça compte.
Finir le roadtrip ici plutôt qu’à Sagres était un choix délibéré. Sagres est spectaculaire — les falaises, le vent, la forteresse au bout du monde. Mais Monchique est paisible d’une façon qui aide à digérer dix jours de voyage. C’est le bon endroit pour s’arrêter.
Où dormir pendant un roadtrip en Algarve
La stratégie que j’ai testée et que je recommande : deux bases fixes plutôt qu’un hébergement différent chaque soir. Ça évite de refaire les valises tous les deux jours, et ça permet de vraiment s’installer quelque part.
Base est : Tavira ou Faro (jours 1 à 3). Tavira pour ceux qui cherchent le charme et le calme. Faro si vous arrivez tard et repartez tôt — la proximité de l’aéroport est une vraie commodité.
Base ouest : Portimão ou Lagos (jours 4 à 10). Portimão pour le rapport qualité-prix et la position centrale. Lagos si le budget le permet — les hébergements y sont un peu plus chers mais l’adresse en vaut la peine.
Les quintas rénovées dans l’arrière-pays valent souvent plus le coup que les hôtels de bord de mer. Moins cher, plus beau, moins de voisins en short. Casas Na Areia est sur ma liste pour un prochain séjour — du luxe pieds dans le sable, dans une réserve naturelle protégée.
L’Algarve n’est qu’un bout du Portugal. Mon article sur les villes côtières du Portugal donne le reste du tableau.
FAQ : Vos questions sur le roadtrip en Algarve
Combien de temps faut-il pour un roadtrip en Algarve ?
Dix jours, c’est le bon rythme. Avec sept, il faut trancher — Albufeira et Monchique passent à la trappe, Tavira, Lagos et Silves restent. Quinze jours ouvrent la porte à Lisbonne ou Porto avant de descendre
Faut-il louer une voiture pour l’Algarve ?
Oui, sans discussion. Les bus existent, ils sont lents et ils s’arrêtent loin des endroits intéressants. Aéroport de Faro à l’arrivée, petite voiture, c’est parti.
Quelle est la meilleure saison pour visiter l’Algarve ?
Avril-mai ou septembre-octobre. Au printemps, les champs de fleurs sauvages et une lumière qui n’écrase pas encore. En septembre, l’eau est à vingt-quatre degrés et les plages reprennent leur calme. Juillet-août, j’évite — les prix et la foule montent ensemble.
Les grottes de Benagil valent-elles vraiment le détour ?
Oui. Un des sites naturels les plus frappants que j’aie vus en Europe, sans exagérer. Avant 9h pour éviter les sillages de bateaux. Le kayak depuis la plage de Benagil reste la meilleure option si la mer le permet.
Faut-il parler portugais pour voyager en Algarve ?
L’anglais est largement parlé dans les zones touristiques. Mais quelques mots en portugais changent tout — un « obrigada » sincère, « com licença » pour se faufiler dans une ruelle, « uma galão, por favor » pour un café au lait. Les Portugais sont chaleureux avec les gens qui font un effort, même minime.
Faut-il absolument aller à Sagres ?
Si vous avez le temps, oui. Les falaises et la forteresse méritent le détour. Mais entre Sagres et Lagos, je prends Lagos sans hésiter. Et honnêtement, une deuxième journée à Tavira me tente plus que n’importe quelle forteresse au bout du monde. Voilà, j’ai dit.
Le mot de Christel
J’ai un rapport compliqué avec l’Algarve. Je l’avais évitée pendant des années, convaincue que c’était une destination de forfait soleil sans intérêt éditorial. J’avais complètement tort. Ce roadtrip a été l’une des meilleures semaines et demie de voyage que j’aie faites en Europe — et j’en suis revenue avec une liste de raisons de revenir. Lagos seule pourrait m’occuper une semaine entière. Tavira, je n’ai pas envie d’en parler trop fort pour qu’elle reste comme elle est.
Dans le Club Jet-Lag, j’ai réuni mes adresses hôtel et restaurant testées sur ce roadtrip — les vraies bonnes tables de Faro et Portimão, l’hébergement de Tavira que je garde habituellement pour moi, et mes conseils pour éviter les pièges touristiques à Lagos.
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