Mon itinéraire en Gaspésie, jour par jour, sans rien rater

La première fois que j’ai roulé la 132, je pensais cocher une case. Un grand tour, dix jours, retour à la maison. Je me suis trompée. La Gaspésie ne se coche pas. Elle s’installe. Et au bout de la péninsule, on se retrouve à reculer son vol de retour pour rester encore une nuit face au rocher Percé.

Je rédige cet article comme on dessine une carte pour une amie. Voici la Gaspésie itinéraire que j’ai testé, étape par étape, avec ce qui m’a vraiment marquée et ce que j’aurais fait autrement. Pas une brochure, un journal de route.

Gaspésie itinéraire le long de la route 132 face au fleuve Saint-Laurent

Gaspésie itinéraire : combien de jours faut-il vraiment

La question revient à chaque fois. Cinq jours, sept, dix. Voici ma réponse honnête.

En cinq jours, on fait le tour. On voit Percé. On dort à Gaspé. On rentre épuisée. Ça reste beau, mais on roule beaucoup et on profite peu. C’est l’option d’un long week-end prolongé pour qui part de Montréal et veut juste goûter la péninsule.

En sept jours, on respire. On peut s’arrêter dans le parc national du Bic une nuit entière, traîner à Percé deux jours, faire Forillon sans le bâcler. C’est le minimum que je recommande à quelqu’un qui découvre la région.

En dix jours, on entre dans la péninsule. On a le temps des sentiers longs, des détours par la Matapédia, des soirées qui s’éternisent dans une microbrasserie de Carleton. C’est le format que je détaille plus bas, parce que c’est celui qui m’a le plus marquée.

Mon conseil sincère. Si tu peux dégager dix jours, dégage-les. La Gaspésie déteste qu’on la presse.

La route 132, le fil rouge de tout le voyage

Tout le monde te le dira et tout le monde aura raison. La route 132 est l’itinéraire. Elle longe le fleuve Saint-Laurent puis la baie des Chaleurs, en formant une boucle de 885 kilomètres autour de la péninsule. Tu peux la faire dans un sens ou dans l’autre, ça ne change rien. J’ai un faible pour le sens horaire, parce que je préfère commencer par la côte nord, plus rude, et finir par la Baie-des-Chaleurs, plus douce. On termine en redescendant.

Ce qu’on ne dit pas assez. La 132 n’est pas spectaculaire en permanence. Il y a des longues sections un peu plates, des villages traversés sans qu’on ait envie de s’arrêter, et puis sans prévenir, un virage et tout bascule. Le fleuve devient océan. C’est ce presque rien qui rend la péninsule attachante.

Côté véhicule, une voiture suffit. Pas besoin de 4×4. Les routes sont en bon état. Les stations-service se raréfient à mesure qu’on s’enfonce vers Gaspé, donc on fait le plein quand on peut, pas quand il faut.

Avant de partir, regarde aussi ce que ça donne plus à l’ouest. J’avais fait un itinéraire Canada Est avant la Gaspésie. Les deux régions n’ont rien à voir et c’est ce qui rend le contraste magnifique.

Mon itinéraire de 10 jours en Gaspésie, étape par étape

Voici le découpage que j’ai testé et que je referais. Avec quelques ajustements honnêtes, parce que rien n’est parfait du premier coup.

Jour 1 : arrivée à Rimouski

Rimouski, c’est la porte d’entrée. Une ville portuaire posée sur le fleuve, sans charme spectaculaire mais avec un vrai supplément d’âme. On y arrive en fin d’après-midi depuis Québec, après cinq heures de route plutôt monotones. On ne s’éternise pas en ville. On file directement au site historique maritime de la Pointe-au-Père.

Là, on monte à bord du sous-marin Onondaga. C’est étroit, c’est moite, c’est passionnant. On comprend en trente minutes ce qu’a été la vie sous la mer pendant la Guerre froide. À côté, le phare et le musée de l’Empress of Ireland racontent le naufrage le plus meurtrier de l’histoire maritime canadienne. Très peu de touristes en parlent. C’est dommage.

Pour le soir, je recommande une auberge à Pointe-au-Père plutôt que le centre-ville. La vue sur le fleuve au coucher du soleil vaut largement le détour.

Jours 2-3 : le parc national du Bic

Vingt minutes après Rimouski, on tombe sur le parc national du Bic et on freine. C’est mon coup de cœur de la côte nord. Des îles parsemées, des baies en cul-de-sac, des phoques posés sur les rochers comme des grosses bananes molles. Le genre de paysage qu’on ne voit pas ailleurs au Québec.

L’admission au parc coûte une dizaine de dollars si tu n’as pas la carte Sépaq. Sentier des Anses, sentier de la Pointe-aux-Épinettes, montée du Pic Champlain pour la vue panoramique. Trois randonnées différentes, trois ambiances. Aucune n’est difficile, mais le Pic Champlain mérite vraiment l’effort.

Pour dormir, deux options honnêtes. Les yourtes et chalets de la Sépaq dans le parc, à réserver des mois à l’avance. Ou un Airbnb à Saint-Fabien-sur-Mer, juste à côté, plus disponible et avec vue fleuve. J’ai testé les deux. Préférence pour la yourte. Le matin, on sort, le brouillard est encore sur l’eau, on entend les phoques. C’est ça la Gaspésie.

Petit détour qu’on m’avait recommandé et qui mérite. La microbrasserie Le Bien le Malt à Rimouski. Bières locales, sans chichi, ambiance Margaux comme on dit chez moi.

Jours 4-5 : Percé et le rocher Percé

Entre le Bic et Percé, il y a environ 500 kilomètres. C’est la plus longue étape du tour. On découpe en deux. Arrêt déjeuner à Matane, célèbre pour ses crevettes. Arrêt photo à Cap-Chat pour les éoliennes géantes qu’on voit de loin. Et on arrive à Percé en fin de journée.

Le rocher Percé, c’est de loin que c’est le plus beau. Depuis la ville, depuis le sentier qui monte au mont Sainte-Anne (oui, il y a un mont Sainte-Anne à Percé aussi, à ne pas confondre avec la station de ski près de Québec), depuis le bateau. J’ai fait la croisière des Bateliers de Percé et je la referais. Le tour passe par l’île Bonaventure, où vit une colonie de plus de 100 000 fous de Bassan. Le bruit. L’odeur. Ce n’est ni propre ni discret. C’est inoubliable.

Sur l’île, on débarque, on randonne quelques heures, on revient en bateau. Prévois une journée entière. Et un coupe-vent. Même en juillet, le vent du large mord.

Ce que je n’ai pas aimé à Percé. Le village lui-même est devenu très touristique. Restaurants moyens à prix élevés. Trafic en haute saison. Je conseille de dormir un peu en dehors, vers Coin-du-Banc, où c’est plus calme et où le paysage continue d’être magnifique sans la foule.

Jours 6-7 : parc national Forillon et Gaspé

Forillon, c’est le bout du monde. Littéralement. La pointe de la péninsule, là où les Appalaches plongent dans le fleuve. Falaises noires, sentiers côtiers, baleines au large. C’est sauvage et photogénique à un niveau presque irréel.

Le sentier-phare, c’est Les Graves, qui mène au phare du Cap-Gaspé. Quinze kilomètres aller-retour, ou quatre heures de marche tranquille. Le phare au bout, le golfe à 360 degrés. Si tu n’as le temps que d’une seule rando dans tout l’itinéraire, c’est celle-là.

Pour les baleines, plusieurs croisières partent de Grande-Grave. On voit des rorquals communs, parfois des baleines bleues. Pas garanti, mais réel. J’ai eu de la chance et j’en suis encore émue.

Le soir, Gaspé. La ville n’est pas spectaculaire mais elle a tout ce qu’il faut. Restaurants corrects, microbrasserie Le Cap Gaspé (à ne pas confondre avec le cap), supermarché pour refaire les vivres. On se pose pour deux nuits.

Parc national Forillon Gaspésie itinéraire avec falaises et phare
Parc national Forillon Gaspésie itinéraire avec falaises et phare

Jours 8-9 : la Matapédia et les monts Chic-Chocs

On quitte la côte. On entre dans les terres. Et là, surprise. La Gaspésie devient montagne. Les Chic-Chocs sont les plus hauts sommets de l’est du Canada, jusqu’à 1268 mètres. La toundra à cette latitude, c’est rare. C’est aussi là qu’on peut, avec de la patience, croiser un caribou. Population fragile, mais elle est là.

Pour cette étape, deux options. Soit on monte au mont Albert ou au mont Jacques-Cartier (rando exigeante, demi-journée à journée complète, magnifique). Soit on s’installe au Gîte du Mont-Albert, une auberge Sépaq étonnamment chic au cœur du parc national de la Gaspésie. Ce qui m’a sciée. La table gastronomique sur place, au milieu de nulle part. Service impeccable. Carte des vins étonnante. Tu ne t’attends à rien et tu te retrouves devant un plat de cerf de Boileau qui te laisse sans voix.

Ensuite, descente par la vallée de la Matapédia. Une route qui suit la rivière, des forêts, des ponts couverts (oui, comme dans les films), des panneaux saumon et orignaux. On roule lentement. C’est l’antichambre du retour.

Jour 10 : retour à Rimouski

On boucle la boucle. Petit-déjeuner tardif quelque part dans la vallée. Arrivée à Rimouski en fin de matinée. Dernière promenade le long du fleuve. Et un dernier repas de fruits de mer avant de prendre la route vers Québec ou Montréal.

Une chose étrange m’a frappée ce jour-là. On a roulé 885 kilomètres en dix jours et le fleuve qu’on retrouve à Rimouski n’est plus le même qu’à l’aller. On le regarde autrement. Comme on regarderait quelqu’un qu’on a appris à connaître.

Quand partir pour le plus bel itinéraire

Il y a quatre saisons en Gaspésie et chacune a son visage. Voici mon avis direct.

Juillet-août. Haute saison. Tout est ouvert, météo clémente, baleines au rendez-vous. Mais Percé déborde et les hébergements sont à réserver des mois à l’avance. Si tu prends ce créneau, bloque tes nuits dès le printemps.

Septembre. Mon préféré. Les foules sont parties, la météo reste belle, les couleurs commencent à virer. Les feuillages d’automne au Québec ne se contemplent pas seulement à Charlevoix. La Gaspésie en a aussi, version brute et littorale.

Octobre. Sublime mais court. La météo bascule vite, certains commerces ferment, le rocher Percé sans bateau reste impressionnant mais on perd l’île Bonaventure.

Hiver. Un autre voyage, complètement. Motoneige, raquette, fat bike, observation des aurores boréales par temps clair. Réservé aux aventuriers, à éviter pour une première fois.

Pour le climat global du Canada et savoir ce qui t’attend, j’avais détaillé tout ça dans mon article comment organiser un voyage au Canada.

Mes adresses et conseils pour réussir ce tour

Quelques infos pratiques que j’aurais aimé qu’on me donne avant de partir.

Carte Sépaq. Si tu fais plus de trois parcs nationaux dans le voyage, la carte annuelle est rentable. Sinon, paiement à la journée, autour de 9 dollars par adulte par parc.

Hébergements à réserver tôt. Pour juillet-août, je conseille de réserver six mois à l’avance. Vraiment. Les yourtes Sépaq, le Gîte du Mont-Albert, les hôtels de Percé partent dès l’hiver. C’est la seule étape stressante de l’organisation.

Repas. Les bonnes adresses ne sont pas toujours là où on les attend. Microbrasseries, casse-croûte à poutine, cantines à fruits de mer. La Gaspésie n’est pas une destination gastronomique au sens parisien. Mais elle a une vraie cuisine maritime, simple et juste.

Connexion. Le réseau cellulaire est correct mais pas parfait. Sur certains tronçons entre Gaspé et la Matapédia, ça lâche. Télécharge tes cartes Google Maps en hors-ligne avant de partir.

Documents pour les voyageurs étrangers. Si tu viens de France, n’oublie pas l’AVE (autorisation de voyage électronique). Sept dollars canadiens, en ligne, valable cinq ans. Sans ça, pas d’embarquement.

Extension possible. Si tu as une semaine de plus, prolonge vers le sud. Le Nouveau-Brunswick commence juste à la frontière de la Baie-des-Chaleurs. Acadie, plages, ambiance différente. Et tu reviendras avec deux road trips dans la valise.

Le mot de Christel

Cet itinéraire, je l’ai mis trois étés à le tester. Le premier été, j’ai roulé trop vite. Le deuxième, j’ai compris où s’arrêter. Le troisième, je me suis offert le luxe de revenir à mes endroits préférés. C’est ce que je te souhaite pour la Gaspésie : ne pas la faire en une seule fois. Y revenir.

Dans le Club Jet-Lag, je partage la version détaillée de mes adresses, mes hôtels coups de cœur, mes spots photo précis et mes itinéraires alternatifs pour ceux qui veulent sortir des sentiers battus.

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