Le Canada, j’y pensais depuis des années. Pas juste y penser, vaguement, entre deux destinations plus faciles. Non, vraiment y aller. Me retrouver dans ce grand froid, au volant d’un 4×4, à longer le Saint-Laurent avec de la neige jusqu’aux genoux.
L’occasion s’est pointée un mardi matin. J’ai répondu oui avant même d’avoir raccroché. Mauvaise idée ? Probablement. Meilleure décision de l’année ? Aussi.
15 jours au total. Montréal, Québec City, Charlevoix, le fjord du Saguenay, les chutes du Niagara et un accident de voiture au passage. Road trip Québec Ontario version vérité, sans le filtre Instagram.
Avant de partir : les formalités à régler
On commence par le plus important. Et le plus sous-estimé.
L’AVE, le seul document indispensable
Les ressortissantes françaises, belges et suisses n’ont pas besoin de visa pour entrer au Canada. Mais il faut obligatoirement une AVE (Autorisation de Voyage Électronique) si vous arrivez par avion. C’est l’équivalent canadien de l’ESTA américain. Ça coûte 7 dollars canadiens, ça se fait en ligne en quelques minutes, et c’est personnel. Un enfant, une demande. Méfiez-vous des sites qui proposent de faire la démarche à votre place moyennant une commission confortable. Le site officiel du gouvernement canadien suffit largement.
Billet d’avion et location de voiture
Depuis la France, Air France, Air Canada et Air Transat desservent régulièrement Montréal. Air Transat propose souvent les prix les plus compétitifs sur les lignes transatlantiques, autour de 500 euros aller-retour depuis Paris ou Toulouse. Pour Montréal au départ de Nantes, comptez plutôt 350 à 480 euros selon la saison.
Pour la voiture, utilisez un comparateur comme Carigami pour trouver le meilleur tarif avec assurance incluse. J’ai opté pour un gros 4×4 automatique. Pas par goût du gigantisme. Parce qu’avec la neige au Québec en hiver, un véhicule haut et des pneus adaptés ne sont pas un luxe. Petit conseil pratique sur la conduite automatique : P pour parking, R pour marche arrière, D pour rouler. Les positions 1, 2, 3 servent pour les fortes pentes. Voilà, vous savez tout. Ça ne m’a pas empêchée de paniquer sur l’autoroute.
Budget location sur 15 jours : 500 à 600 euros. Essence pour 2 000 km : environ 130 euros. Pour l’hébergement, tablons sur 60 à 80 euros par nuit en haute saison pour un motel convenable.
Mon itinéraire road trip Québec Ontario en 15 jours
J’avais prévu de traverser le Canada de Montréal à Vancouver. Est-ouest, le grand jeu. En pratique, j’ai revu mes ambitions à la baisse dès le deuxième jour. Le Québec et l’Ontario représentent déjà un territoire immense. Voici les étapes que je recommande.
Montréal, le point de départ

Montréal est une ville que je croyais connaître avant même d’y poser un pied. Les réseaux sociaux font ça. Ils vous donnent l’impression d’avoir déjà visité. Et puis vous arrivez et vous comprenez que non, pas du tout. L’énergie de la ville, le mélange de gratte-ciel et de ruelles enneigées, l’odeur du café chaud qui s’échappe des brunchs à l’américaine. C’est une capitale qui s’assume. Prenez le temps d’explorer le Vieux-Montréal, le Plateau-Mont-Royal et le marché Jean-Talon si vous êtes là en été. Comptez deux jours minimum. Vous avez notre guide complet de Montréal pour les adresses.
De Montréal à Québec City

Montréal-Québec en voiture, c’est officiellement 3 heures. Moi, j’en ai mis 4h30. Je me suis paumée. Il neigeait. Je me suis fait klaxonner plusieurs fois par des Québécois qui conduisent dans ces conditions depuis toujours et ne comprennent pas pourquoi cette touriste avance à 60 km/h sur l’autoroute. J’ai pensé que quelqu’un devrait inventer un autocollant « voyageuse au volant » comme il en existe pour les jeunes conducteurs. Pour se défendre.
Québec City est magnifique. Le Château Frontenac domine la ville comme un château de conte. Le classement UNESCO du Vieux-Québec, franchement, on s’en fout un peu sur le moment. Ce qui marque, c’est l’odeur. Le Petit-Champlain sent l’érable chaud et la laine mouillée. La terrasse Dufferin est vertigineuse par grand vent. Deux jours bien remplis, minimum.
Charlevoix et le fjord du Saguenay
La route de Québec vers Baie-Saint-Paul longe le fleuve. J’avais pas prévu d’être aussi soufflée. En automne, les forêts de Charlevoix prennent feu, littéralement, rouge cerise et orange brûlé jusqu’à l’horizon. En hiver c’est blanc, silencieux, presque inquiétant de beauté. La Baie de Saint-Paul vaut une nuit. Pour les galeries d’art, oui. Surtout pour la bière locale brassée à deux pas et le soleil qui se lève sur le Saint-Laurent à 7h du matin quand tout le monde dort encore.
Tadoussac se trouve là où le Saguenay rejoint le Saint-Laurent. Une confluence qui attire les baleines depuis des millénaires. Treize espèces, dont la bleue. La bleue. Ça fait quelque chose de voir ça pour la première fois depuis un zodiac. En été, optez pour le zodiac plutôt que le grand bateau. Vous serez bien plus proches des animaux. Et bien plus mouillées, aussi. Prévoyez une veste imperméable.

La Gaspésie, le vrai clou du spectacle
La Gaspésie. Honnêtement je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Et puis j’ai vu le rocher Percé sortir de l’eau et j’ai compris pourquoi les gens en parlent comme d’une révélation. C’est massif, absurde, planté là depuis des millions d’années avec l’air de rien.
La route 132 fait le tour de la péninsule. Plus de 1 000 kilomètres de côte. Des villages de pêcheurs avec des bateaux qui rouillent doucement, des phares au bout de caps venteux, des panoramas qui arrivent d’un coup au détour d’un virage alors qu’on pensait à autre chose. On oublie qu’on conduit depuis 6 heures. C’est le genre d’endroit qui vous remet à votre place de façon très agréable.
Notre guide complet de la Gaspésie détaille les étapes incontournables. Pour le Nouveau-Brunswick qui jouxte la région, consultez aussi notre roadtrip Nouveau-Brunswick. La baie de Fundy avec ses marées géantes vaut le détour si vous avez quelques jours supplémentaires.
L’Ontario et les chutes du Niagara
Depuis Montréal, il faut compter 5 heures de route pour rejoindre Toronto. La ville est vibrante, moderne, cosmopolite. Elle n’a pas le charme francophone de Montréal mais elle a une énergie propre. Notre guide de Toronto vous aidera à choisir les quartiers à explorer. Et depuis Toronto, les chutes du Niagara sont à 1h30 de route. Un détour qui ne se discute pas.
Conduire au Canada : ce qu’il faut absolument savoir

Quelques différences importantes avec la France. Les feux tricolores sont situés après l’intersection et non avant. Ne vous arrêtez donc pas avant le carrefour mais derrière la ligne blanche qui se trouve après. Côté vitesse : 50 en ville, 90 sur route, 100 sur autoroute. Officiellement. Parce qu’en vrai, tout le monde fait 120. Les Québécois sont nés avec la neige et l’accélérateur. Moi non. Des radars planqués dans les buissons existent. Vous êtes prévendes.
Pas la peine de payer l’option GPS du loueur. Cher et inutile. Google Maps fonctionne parfaitement, même hors des grandes villes. Téléchargez les cartes hors ligne avant de partir dans les zones reculées.
Sur la neige : j’avais eu l’expérience de conduire à Saint-Pierre-et-Miquelon, je pensais m’en sortir. J’ai quand même eu une collision avec une camionnette. Personne de blessé, mais une leçon retenue. Prenez une assurance voyage avec rapatriement. Pas optionnelle, obligatoire à mon avis.
Road trip Québec en automne ou en hiver : deux expériences très différentes
L’automne au Québec est une carte postale. Les érables virent du vert au rouge éclatant, les routes forestières deviennent des tunnels de couleur. C’est la saison la plus photographiée, la plus accessible, celle que je recommande à toutes celles qui hésitent encore. Mont-Tremblant, la région de Charlevoix, les Cantons-de-l’Est. Tout est beau. Vraiment tout.
L’hiver, c’est autre chose. La neige ajoute une dimension presque mystique aux paysages. La sensation de traverser les grandes plaines canadiennes sous un ciel blanc, d’entrer dans un village où les maisons sont ensevelies jusqu’aux fenêtres. Les activités changent aussi : motoneige, raquettes, traîneaux à chiens. J’avais imaginé des traîneaux partout. En réalité, j’ai surtout croisé des motoneiges. Mais l’idée est là.
Prévoyez un bon anorak pour l’hiver. Et par bon anorak, j’entends quelque chose de sérieux, pas un manteau urbain qu’on sort deux jours par an à Paris. Le froid québécois est une autre catégorie.
Budget road trip Québec Ontario : ce que j’ai réellement dépensé
Le Canada coûte cher. Plus que ce qu’on imagine depuis la France. Un repas dans un restaurant moyen revient à 25-35 euros pour deux plats. Et le pourboire, c’est pas négociable. 15% minimum. C’est culturel, pas optionnel. La première fois on se sent un peu idiote à sortir la calculette sous la table.
Mon budget réel pour 15 jours, en gros, l’avion m’a coûté autour de 420 euros aller-retour depuis Toulouse. La voiture, 550 euros pour la période avec assurance. L’essence, environ 130 euros pour 2 000 km parcourus. Les nuits entre 60 et 80 euros selon les endroits, moins en Gaspésie, plus à Montréal. Les parcs nationaux, 6 euros par jour environ, et la carte Sépaq à 52 euros vaut vraiment le coup si vous en visitez plusieurs.
Prévoyez un budget confort. Le décalage horaire est de 6 heures avec la France et les journées sont longues. Inutile de se priver sur le logement.
Hébergements et bonnes adresses sur la route
J’avais opté pour un appartement Airbnb à Montréal, pratique pour cuisiner et ranger les bagages entre deux étapes. Pour Québec City, le Château Frontenac est l’adresse mythique mais il existe de très belles options boutiques dans le Vieux-Québec pour moins cher. En Gaspésie, les motels routiers suffisent amplement. Le charme est dans les paysages, pas dans la literie.
Le Québec version locale se découvre aussi dans les petits hébergements chez l’habitant. Les Québécois sont d’une gentillesse remarquable. Ils vous dépanneront si vous êtes coincée en forêt à la nuit tombante avec un pneu qui refuse de rentrer. Vécu.
Infos pratiques pour organiser votre road trip
Monnaie : le dollar canadien. Préférez une carte bancaire sans frais de change. Le coût de la vie est sensiblement plus élevé qu’en France.
Décalage horaire : 6 heures de moins qu’en France métropolitaine. Les premiers jours sont à ménager.
Portables : le froid extrême décharge les batteries très rapidement. Gardez votre téléphone à l’intérieur et emportez une batterie externe.
Assurance : obligatoire. Les soins médicaux au Canada sont excellents et très onéreux pour les non-résidents. Une assurance voyage avec couverture médicale complète est indispensable.
Pour tout savoir sur l’organisation de votre voyage dans les grandes lignes : notre guide complet pour organiser un voyage au Canada.
Le mot de Christel
Ce road trip au Québec reste l’un des plus exigeants que j’aie faits. Pas à cause des distances, ni même du froid. À cause de ce sentiment étrange de se retrouver seule au volant dans un pays immense, la nuit qui tombe à 16 heures, la neige qui ne s’arrête pas et la radio en français qui joue des chansons que vous ne connaissez pas. C’est dépaysant d’une façon très particulière. Pas l’exotisme des plages, pas l’émerveillement du premier été. Quelque chose de plus profond, de plus lent. Le Canada vous prend aux tripes si vous lui laissez le temps.
Dans le Club Jet-lag, j’ai partagé mes adresses coups de coeur au Québec, mes étapes secrètes en Gaspésie et ma sélection d’hébergements insolites pour passer une nuit dans la neige comme on ne l’oublie jamais.
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