Saint-Roustan : on a fait le roadtrip vers la ville qui n’existe pas

Saint-Roustan n’apparaît sur aucune carte officielle. Aucun GPS ne la connaît vraiment. Et pourtant, on y est allées. Enfin, on a essayé. C’est ça, la magie de cet endroit.

roadtrip saint roustan itinéraire vers la ville fantôme de France
roadtrip saint roustan itinéraire vers la ville fantôme de France

Saint-Roustan, c’est quoi au juste ?

Tout a commencé avec un sketch. Pierre-Emmanuel Barré, comédien français, a un jour évoqué Saint-Roustan dans ses chroniques comme s’il s’agissait d’une vraie ville. Une bourgade imaginaire, paumée, oubliée de la République, oubliée d’elle-même. Le genre d’endroit où la boulangère ferme à 10h et où le bar est ouvert deux fois par semaine si le vent tourne bien.

Et puis, c’est que la blague a pris. Les gens ont commencé à chercher Saint-Roustan sur Google Maps. Puis à demander comment y aller. Puis à vouloir en faire un road-trip. Moi la première.

Alors voilà. Saint-Roustan n’existe pas. C’est dit, c’est assumé. Et c’est exactement pour ça qu’on a décidé d’y aller quand même.

Le rituel du packing pour nulle part

Partir vers une destination fictive, ça réclame une check-list de voyage entièrement réinventée. On a donc fait l’inventaire de l’essentiel. Et l’essentiel, dans ce cas précis, c’était surtout des chips goût crevette, des bières déjà tièdes, un plaid qui sentait le fond du placard et un hamac retrouvé dans le garage. Ce hamac avait probablement connu la lumière du jour pour la dernière fois vers 2007. On l’emportait quand même.

La playlist aussi méritait réflexion. Préparer sa musique de road trip, c’est un art. Du rock des années 90, un peu de rap, une touche de jazz pour faire croire qu’on est intellectuelles. Et planquée entre deux titres, une power ballade dégoulinante qu’on chantera à tue-tête en espérant que personne ne filme.

La route vers Saint-Roustan, version épopée

Sur la route, l’ambiance s’installe vite. On rit, on s’agite, mais l’horloge tourne. Saint-Roustan ne se trouve pas à côté. Premier arrêt pour une pause express. Il y a toujours quelqu’un dans le groupe avec une vessie calibrée pour les trajets de 50 kilomètres maximum. On se reconnaît.

Passé la première heure, le paysage change. Les autoroutes laissent place aux départementales, les panneaux de signalisation deviennent des suggestions, et les champs s’étendent à perte de vue comme s’ils voulaient te faire douter de tout. C’est beau, en fait. La France profonde a quelque chose d’hypnotique quand on accepte de ralentir.

À mesure qu’on s’enfonce vers notre destination imaginaire, les arbres se font plus denses. Le GPS perd confiance. Nous aussi, un peu. Mais c’est exactement ça qu’on était venues chercher.

Bienvenue dans la ville fantôme

Saint-Roustan, dans notre version du roadtrip, c’est un petit village de campagne française choisi au hasard sur la carte. Un endroit où on est clairement les seules étrangères du mois. La dame de l’épicerie nous a regardées comme si on venait d’une autre planète. Ce qui, d’une certaine façon, était assez juste.

On lui a demandé si elle avait des snacks autres que des chips jambon-mayo. Elle nous a sorti une bouteille de vin local. Rouge comme la honte. On a dit merci et on est sorties dignement.

La mairie était fermée. La boulangerie aussi. Le bar, on a tenté. Fermé le mardi. On était mardi.

Le camp de base et la nuit étoilée

On a trouvé un coin près d’une rivière. L’installation du hamac a donné lieu à une conférence improvisée sur la physique des nœuds, les lois de la gravité et les limites de notre confiance en nous. Résultat : le hamac est resté dans son sac, et on a posé nos affaires à même le sol.

La nuit est tombée. Avec elle, le ciel. Un ciel comme on en voit rarement depuis Paris. Tellement d’étoiles que ça en devenait presque indécent. Les bières ont tourné, la guitare est sortie, et chacune a sorti ses grandes théories sur la vie, l’univers et les choses vraiment importantes comme pourquoi les poulains s’appellent comme ça.

Vers minuit, l’idée de se baigner dans la rivière a émergé. L’eau était glaciale. L’alcool aidant, on y est allées quand même. On est ressorties en tremblant, hilares, convaincues que c’était la meilleure décision de la soirée. Ça l’était probablement.

Au matin, le chant des oiseaux nous a récupérées. Chacune a émergé lentement, les yeux mi-clos, pour se partager le dernier paquet de chips « gardé pour le petit-déjeuner » comme s’il s’agissait d’un festin. Le soleil traversait les arbres. On s’est regardées sans rien dire. Un sourire suffisait.

Ce road trip, on s’en souviendra. Pas parce qu’on a fait quelque chose d’extraordinaire. Justement parce qu’on n’a rien fait d’exceptionnel. Et que c’était parfait.

Itinéraire pratique pour rejoindre Saint-Roustan

Bon. Saint-Roustan n’existe pas, on l’a dit. Mais la question qui revient le plus souvent dans les commentaires et les messages, c’est « oui mais si on voulait vraiment y aller, on ferait comment ? » Alors voilà, un itinéraire conçu pour l’esprit du roadtrip parodique, à adapter selon l’endroit de France où on se trouve.

Point de départ : là où on est. C’est le premier principe du road trip réussi. On évite les autoroutes autant que possible. Les départementales sont moins rapides et infiniment plus honnêtes sur ce que la France ressemble vraiment.

Étape 1. On prend la route en direction du premier village dont on ne connaît pas le nom. On note mentalement l’heure de départ, on oublie aussitôt l’heure d’arrivée prévue. C’est la règle.

Étape 2. On traverse au moins un village où les panneaux de signalisation semblent avoir été installés par quelqu’un qui voulait décourager les visiteurs. On continue quand même.

Étape 3. On s’arrête à la première épicerie ouverte. On achète quelque chose qu’on n’aurait jamais acheté ailleurs. Une boîte de biscuits régionaux improbables, un jus de fruit local au nom imprononçable. C’est ça, Saint-Roustan.

Étape 4. On trouve un cours d’eau, un champ, un coin d’herbe avec vue sur rien de particulier. On s’installe. On sort la playlist. C’est l’arrivée.

Conseils sur place (si on peut appeler ça des conseils)

Quelques vérités utiles glanées pendant ce road trip vers nulle part.

Le vin local acheté dans une épicerie de campagne est souvent une surprise. Rarement une mauvaise surprise. Les chips goût « mystère » existent et sont étrangement satisfaisantes à 23h au bord d’une rivière.

Le hamac est une bonne idée en théorie. En pratique, il faut s’entraîner. On recommande de tester chez soi avant de partir, dans le couloir ou dans le jardin, pour ne pas se retrouver à fixer un arbre en tenant deux bouts de corde comme une touriste perdue.

La baignade nocturne en rivière est déconseillée par tous les organismes de sécurité raisonnables. C’est noté. On le fait quand même en plein été, avec précaution, en s’assurant que l’eau est peu profonde et calme. Le souvenir vaut l’inconfort.

Et le selfie devant le panneau du village, quel qu’il soit, reste une tradition incontournable. C’est la preuve qu’on était là. Quelque part en France. Dans un endroit que personne ne cherchait vraiment. Et c’était bien.

Le mot de Christel

Ce que j’aime dans cette histoire, c’est qu’on est parties chercher une ville qui n’existait pas et qu’on a trouvé quelque chose de vrai. Un coin de campagne française, une nuit sous les étoiles, des fous rires au bord d’une rivière glacée. Saint-Roustan, c’est finalement l’état d’esprit du road trip dans ce qu’il a de plus pur. Pas besoin de destination parfaite. Juste besoin d’y aller.

Pour les vraies destinations, les itinéraires vérifiés et les bons plans qu’on ne partage qu’entre nous, le Club Jet-Lag vous attend.

→ Accéder à la version complète

Abonnez-vous a notre newsletter