Il y a des villes qui s’expliquent. Palm Springs, non. On arrive depuis Los Angeles par l’autoroute 10, on traverse une heure de bitume et de palm trees identiques, et puis d’un coup les montagnes San Jacinto surgissent. Violettes. Verticales. Absurdes de beauté dans cette lumière de fin d’après-midi. On comprend immédiatement pourquoi Sinatra a posé ses valises ici et n’est plus jamais vraiment reparti.
Palm Springs, c’est deux heures de route de Los Angeles. C’est aussi, selon comment on le vit, à des années-lumière du reste de la Californie. Le désert de Coachella a quelque chose d’un peu irréel. Un glamour décalé. Une lenteur qui n’est pas de la nonchalance — c’est une décision.
J’y suis allée en février pour la première fois. Ensuite en novembre. Les deux fois, j’avais l’impression d’avoir découvert quelque chose que la plupart des gens n’avaient pas encore vraiment vu.

Pourquoi Palm Springs plutôt qu’une autre ville californienne
Bonne question. La Californie est vaste. San Francisco est indispensable. Los Angeles est inévitable. Mais Palm Springs, c’est le seul endroit où j’ai eu envie de rien faire sans me sentir coupable. C’est une ville pour décompresser sérieusement, pas pour cocher des cases.
Il faut comprendre l’histoire pour comprendre la ville. Dans les années 1920, les contrats hollywoodiens obligeaient les acteurs à rester à moins de deux heures des studios. Palm Springs était à exactement deux heures. Alors toute la jet-set de l’époque s’y est retrouvée — Marilyn Monroe, Elvis, Sinatra, Dean Martin. Ils ont commandé des maisons à des architectes jeunes et ambitieux. Ces maisons sont toujours là.
Le desert modernism : pourquoi ça fascine encore
Le Desert Modernism, c’est une version du style mid-century adaptée au climat désertique. Toits plats ou en ailes de papillon. Grandes baies vitrées qui fondent l’intérieur dans le paysage. Lignes horizontales qui répondent à la ligne des montagnes. Pas d’ornement superflu. Juste la lumière, l’espace, et le désert qui entre partout.
Des architectes comme William F. Cody, Richard Neutra ou Albert Frey ont défini un langage formel qui n’existe nulle part ailleurs avec cette concentration et cette cohérence. Aujourd’hui, c’est l’une des plus grandes collections de maisons mid-century préservées au monde. Rien que pour ça, le voyage vaut quelque chose.
Quand partir à Palm Springs
Pas en été. Je suis sérieuse. Les températures montent régulièrement à 45°C en juillet et août. La ville se vide, les piscines chauffent comme des bains et même les locaux disparaissent. C’est beau, certes. Mais c’est beau comme un sauna.
La bonne saison, c’est d’octobre à avril. Les journées sont entre 20 et 28°C. Les nuits fraîches mais pas froides. En février, il y a la Modernism Week — onze jours de festivals, visites privées de maisons et fêtes en costume rétro. C’est la meilleure excuse pour venir. Et même sans elle, c’est la meilleure période.
Novembre reste sous-estimé. Pas de foule. Lumière dorée toute la journée. Les nuits tombent tôt et les feux de cheminée dans les hôtels prennent tout leur sens.
Où dormir à Palm Springs : trois adresses sans compromis
L’hébergement à Palm Springs, c’est déjà une expérience en soi. La plupart des hôtels intéressants sont des propriétés des années 1940-1960 restaurées. Pas des reconstructions. Les originaux. Ça change tout — les proportions, la lumière dans les pièces, cette sensation que quelqu’un d’important a dormi là avant vous.
Del Marcos Hotel — pour les puristes
C’est la première commission indépendante de William F. Cody, en 1947. Adults-only. Piscine d’eau salée. Chambres avec des noms comme Eames Poolside ou Oceans 11. Les murs sont blancs, les meubles mid-mod, les lampes sont des pops de couleur dans des espaces très calmes. Complimentary happy hour de 16h à 17h. Des vélos à emprunter. Et le Palm Springs Art Museum à un bloc.
C’est l’adresse la plus cohérente avec ce que Palm Springs est vraiment. À partir de 204 £ la nuit. Adresse : 225 West Baristo Road.
Thompson Palm Springs — pour celles qui veulent être au centre
Ouvert fin 2024. Downtown, à deux pas des boutiques vintage et des meilleurs restaurants. Les bâtiments sont blancs et modernes avec des accents mid-century bien dosés. La piscine, les bars et le restaurant Lola Rose Grand Mezze sont au deuxième niveau — vue dégagée sur les montagnes. Pas donné, mais le spot est parfait si vous voulez accéder à pied à tout le centre-ville sans prendre de voiture. À partir de 442 £ la nuit.
Sands Hotel & Spa — Maroc dans le désert
Celui-là, je ne l’avais pas vu venir. C’est à Indian Wells, à dix minutes de Palm Springs. Un ancien immeuble des années 1950 rénové par le designer britannique Martyn Lawrence Bullard. Carrelages exotiques, murs stuc rose, cacti, cabanas zébrées noir et blanc autour de la piscine. Staff en uniforme qui tourne autour des transats avec des serviettes et des menus. Spa dans l’oliveraie avec des soins au hammam marocain. Adults-only également. À partir de 379 $ la nuit en basse saison.
Que faire en 48 heures à Palm Springs

La ville est petite. C’est un avantage. On peut tout faire à pied depuis le centre, ou en voiture pour les sites un peu plus loin. Pas besoin d’itinéraire millimétré — il vaut mieux choisir deux ou trois choses bien que courir après dix.
Jour 1 matin — marcher dans les rues comme si on cherchait rien
Commencer par Palm Canyon Drive, l’artère principale. Les boutiques de vintage ouvrent vers 10h. Les maisons alentour méritent qu’on s’arrête. Pas besoin de guide pour ça — les yeux suffisent. Chercher les toits en aile de papillon, les piliers en acier, les jardins de cactus. La lumière du matin sur la pierre désertique est quelque chose d’assez spectaculaire.
Le Palm Springs Art Museum est au croisement de Palm Canyon Drive et de Museum Drive. Il abrite une belle collection d’art contemporain et une section architecture. Ce n’est pas le Louvre, mais c’est bien fait et pas bondé. Comptez une heure à une heure trente.
Jour 1 après-midi — les Indian Canyons ou Sunnylands
Les Indian Canyons, c’est vingt minutes en voiture depuis le centre. Trois failles dans la montagne — Andreas, Murray, Palm Canyon. Des palmiers qui poussent là depuis des siècles, dans la roche, sans irrigation, sans intervention humaine. La tribu Agua Caliente gère l’accès. Autour de 12 $ l’entrée. J’avais prévu une heure. J’en ai fait deux et demie.
Autre option : Sunnylands. Le domaine de 200 acres conçu par A. Quincy Jones pour la famille Annenberg en 1966. Sept présidents américains y ont séjourné. Sinatra y a épousé sa quatrième femme. Les jardins sont gratuits. La maison principale nécessite une réservation. C’est l’un de ces endroits où on comprend ce que « discret » veut vraiment dire.
Jour 2 — le tramway aérien de Palm Springs
Ce truc existe depuis 1963. La cabine rotative à 360° monte 4 kilomètres le long des falaises de Chino Canyon, de 800 mètres à 2 595 mètres d’altitude. Durée du trajet : 10 minutes. Dix minutes pour passer du désert à la forêt de pins et aux premières neiges de San Jacinto en hiver. C’est assez absurde comme sensation.
En haut, il y a des sentiers de randonnée, un restaurant, une terrasse panoramique sur toute la vallée de Coachella. Tarif adulte : environ 37 $ aller-retour, avec premier départ à 10h en semaine. Réservation recommandée en saison.
Conseil concret : y aller tôt le matin du deuxième jour. La lumière sur la vallée depuis là-haut, vers 10h30, est la chose la plus belle que j’aie vue en Californie. Et je dis ça en ayant vu Big Sur.
Tour d’architecture — se faire accompagner ou pas
Pendant la Modernism Week, des dizaines de maisons privées ouvrent leurs portes. Tours en bus à impériale, visites guidées à pied, visites de maisons individuelles. La maison d’Elvis, la Twin Palms de Sinatra, la 432 Hermosa de Leonardo DiCaprio. Le reste de l’année, un tour auto-guidé bien conçu permet de couvrir les quartiers à son rythme.
Où manger et boire à Palm Springs
La scène food à Palm Springs s’est sérieusement transformée depuis dix ans. Ce n’est plus juste des burgers et des margaritas — même si les burgers restent excellents et les margaritas nécessaires.
Norma’s au Parker Palm Springs — le brunch qui justifie le voyage
Sous un auvent tangerine rétractable, dans le plus grand hôtel de la ville. On y sert le brunch toute la journée. French toast à la brioche aux baies, lobster mac and cheese, tout ce qu’on ne mange jamais chez soi. Le Parker Palm Springs est excessif dans ses proportions, mais Norma’s est le genre d’endroit où on commande un bloody mary à 11h du matin et où personne ne juge. Adresse : Parker Palm Springs, 4200 East Palm Canyon Drive.
The Barn Kitchen au Sparrows Lodge
Tables en bois communautaires, bougies le soir, ingrédients californiens locaux. Cauliflower bisque, salade quinoa-tabbouleh, carrot cavatelli. C’est l’adresse pour manger bien sans esbroufe. L’hôtel Sparrows Lodge est un des plus beaux de Palm Springs — rustique, adults-only, parfaitement posé dans le sud de la ville. Même si on n’y dort pas, y dîner vaut le déplacement. Adresse : 1330 East Palm Canyon Drive.
Les soirées cocktail — surtout pendant la Modernism Week
Pendant la Modernism Week, plusieurs propriétés privées organisent des soirées cocktail en costume rétro. La Twin Palms Estate de Sinatra, le VIBE House dans les Deepwell Estates avec son bar incurvé et ses tequila sunrises. En dehors du festival, le bar Counter Reformation au Parker Palm Springs mérite le détour pour ses 20 places, ses vins nature et un confessionnal antique dans le fond de la salle. Personne n’a dit que Palm Springs manquait de second degré.
Palm Springs et Joshua Tree : les combiner
Le parc national de Joshua Tree est à 45 minutes de Palm Springs. Ce sont deux déserts différents qui se rejoignent là — le Mojave et le Colorado. La végétation y est lunaire. Les rochers semblent posés à la main. On peut y passer une demi-journée depuis Palm Springs, ou bien prévoir une nuit sur place et combiner les deux dans un road trip Californie plus large.
Si vous partez depuis Los Angeles pour un week-end, la combinaison logique c’est : arrivée à Palm Springs le vendredi soir, journée architecture et hôtel le samedi, demi-journée Joshua Tree le dimanche matin avant de reprendre l’autoroute. Ça rentre dans 48 heures si on est efficace. Ce qui, à Palm Springs, va un peu à l’encontre de l’esprit des lieux — mais bon.
Infos pratiques pour préparer votre séjour à Palm Springs
Comment y aller — Depuis Los Angeles, comptez 2h en voiture sur l’I-10 Est. C’est la solution la plus logique. Il existe un aéroport à Palm Springs (PSP) avec des vols directs depuis San Francisco, Seattle ou Denver. Depuis Paris, prévoir une escale. Le vol Paris-Los Angeles dure environ 11h.
L’ESTA — Obligatoire pour entrer aux États-Unis sans visa (ressortissants français). À remplir en ligne avant le départ sur le site officiel du gouvernement américain. Coût : 21 $. Validité : 2 ans. Ne pas procrastiner.
Voiture sur place — Indispensable pour les Indian Canyons, Sunnylands et Joshua Tree. Le centre-ville est walkable mais dès qu’on sort, il faut une voiture. Location possible à l’aéroport de Palm Springs ou à LAX.
Budget indicatif — Hôtel mid-range : 200-400 $ la nuit. Hôtel boutique premium : 400-700 $. Brunch Norma’s : 40-80 $ par personne. Tramway aérien : 37 $ aller-retour. Indian Canyons : 12 $. Le reste dépend des cocktails.
FAQ — Les questions qu’on pose avant de partir à Palm Springs
Palm Springs, c’est bien pour un week-end de 2 jours ? Oui, c’est même le format idéal. La ville est petite, dense en expériences, et 48 heures permettent de couvrir l’essentiel sans se précipiter.
Palm Springs est-elle adaptée à un voyage solo féminin ? Très. La ville est sûre, les hôtels adults-only sont nombreux, et la culture locale — détendue, ouverte, esthète — est particulièrement accueillante.
Quelle est la meilleure période pour visiter Palm Springs ? De novembre à mars. Février pour la Modernism Week. Novembre pour éviter les foules.
Peut-on visiter Palm Springs sans voiture ? Le centre-ville est walkable, mais pour les Indian Canyons, Sunnylands et Joshua Tree, la voiture est nécessaire. Des services de location de vélos existent aussi pour l’architecture downtown.
Palm Springs vaut-elle le détour si on est déjà allé à Los Angeles ? La question que les gens qui n’y sont pas encore allés posent toujours. Oui. Ce sont deux expériences sans rapport. Los Angeles est une métropole. Palm Springs est une pause. Ce n’est pas le même voyage.

Le mot de Christel
La première fois que j’ai vu une maison signée William F. Cody de près, j’avais juste envie de m’asseoir sur les marches et de ne plus bouger. Il y a quelque chose dans ces proportions, cette façon d’ouvrir les murs sur le désert, qui redonne de l’espace dans la tête. Palm Springs m’a appris que le luxe n’est pas toujours vertical. Parfois c’est un toit plat, une piscine à 28°C et le silence des montagnes San Jacinto au lever du soleil.
Dans Le Club, j’ai compilé mes adresses préférées à Palm Springs — les hôtels que je recommande vraiment, les maisons privées à visiter pendant la Modernism Week et un itinéraire 48h calibré pour ne rien rater.





