On avait déjà fait le nord. Les plus belles villes norvégiennes, les Lofoten, ce genre de choses qui restent gravées. Alors quand on a décidé de repartir en Norvège pour explorer cette fois le sud, j’avoue que je n’avais aucune idée de ce qui nous attendait. Et le sud m’a soufflée. Deux semaines en van aménagé, au départ d’Oslo, à travers les fjords, les cascades d’Hardanger, Preikestolen, Bergen, le Geirangerfjord classé UNESCO, jusqu’à Åndalsnes. Cet itinéraire Norvège 2 semaines, je vous le raconte étape par étape. Avec mes coups de cœur vrais, mes regrets assumés, et quelques opinions que les sites touristiques n’oseront jamais écrire.
Louer un van en Norvège pour cet itinéraire
Avant même de parler de fjords, il faut parler du van. C’est lui qui rend tout possible. On a loué chez Roadsurfer à Oslo, présent dans 16 pays dont la Norvège et le Canada. On a choisi le modèle RoadHouse, un Fiat Ducato aménagé par Knaus. Compact mais familial, avec deux vrais grands lits, une hauteur sous plafond qui permet de se tenir debout, une kitchenette fonctionnelle et une salle de bain avec WC et douche chaude.
Franchement, c’est ce qui a changé le voyage. Dormir face au Lovatnet, se réveiller dans la brume du Nærøyfjord, arriver tôt sur les belvédères avant les bus de touristes. Le van offre une liberté que l’hôtel ne peut pas donner. Et en Norvège, où l’hébergement coûte une fortune, c’est aussi une vraie façon d’équilibrer le budget.

Heddal Stavkirke, l’église en bois qui prend une gifle
Première étape, deux heures après Oslo. La Norvège comptait autrefois plus de 1 300 de ces églises en bois debout, appelées stavkirker. Il en reste 28. Celle de Heddal, datant du 13e siècle, est la plus haute. Et elle est dans un état de conservation qui confond. Quand on arrive devant, on comprend immédiatement pourquoi les architectes font le déplacement depuis l’autre bout de l’Europe.
C’est un contraste total avec nos cathédrales en pierre. Ici, tout est bois sombre, superpositions de toits, sculptures en spirale. L’intérieur est sobre et froid, la lumière entre à peine. Un monument fascinant, et une première étape idéale pour ce road trip dans les fjords norvégiens.


Preikestolen, la randonnée qui m’a donné le vertige
604 mètres au-dessus du Lysefjord. Un plateau de roche lisse, plat, sans rambarde d’aucune sorte. Et le vide. Ce genre de vide qui fait reculer d’un pas instinctivement même quand on est à trois mètres du bord. Preikestolen est l’un des sites les plus photographiés de Norvège et honnêtement, les photos ne mentent pas. Le panorama est exactement aussi brutal et magnifique qu’il le semble.
Ce que les photos ne montrent pas, en revanche, c’est la foule de juillet. On a choisi septembre, avec des horaires décalés et un ciel légèrement couvert. On est arrivés au sommet presque seuls. C’était magique, même si mes genoux avaient un avis différent sur la qualité du chemin. La randonnée est plus physique que prévu, avec plusieurs passages rocheux et des montées surprenantes. Comptez 4 heures aller-retour sans vous presser.
Pour ceux qui ne souhaitent pas randonner, le Hollesli View Point en contrebas offre une vue imprenable sur le Lysefjord, sans effort. C’est une option honnête et souvent oubliée dans les guides. J’ai aussi consacré un article dédié à cette randonnée vers le Preikestolen si vous voulez aller plus loin sur le sujet.

Stavanger, la ville qui peint ses murs et ses maisons
Stavanger est la 4e plus grande ville de Norvège. La météo était grise le jour de notre passage, ce qui n’a pas empêché la ville d’être immédiatement attachante. On a commencé par le petit port de Sjøhusrekken, avec ses maisons colorées qui sentent la carte postale scandinave bien assumée. Les mouettes criaient. L’eau était froide et verte. C’est exactement ce qu’on imaginait.
La rue Øvre Holmegate est un vrai coup de cœur. Cafés, petites boutiques, façades peintes dans des teintes qui n’ont aucune retenue. Juste à côté, le Gamle Stavanger plonge dans une autre époque avec ses maisons en bois blanc parfaitement préservées. Et partout dans la ville, des œuvres de street art qui surgissent au coin des rues.
Ne pas manquer le Kokko Café pour une pause. Minimaliste, calme, café très bien fait. L’adresse idéale pour souffler entre deux quartiers.


Les cascades de la région d’Hardanger
Le sud-ouest de la Norvège est une cascade géante. En norvégien, on dit foss. Et dans la région d’Hardanger, autour d’Odda, les foss sont partout, énormes, accessibles depuis la route, avec parking gratuit et toilettes sur place. Ce dernier point mérite d’être souligné parce qu’en van, on y pense.
La puissance de ces chutes d’eau est difficile à transmettre en mots. L’eau tombe depuis des centaines de mètres, fait un bruit sourd qui s’entend avant même de voir quoi que ce soit, et l’humidité dans l’air est presque chaude en été malgré la fraîcheur ambiante. On s’est arrêtés à plusieurs reprises, juste pour regarder.



Bergen, la perle mouillée des fjords
Bergen est classée patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle est aussi connue pour avoir plus de 200 jours de pluie par an. Les deux affirmations sont vraies. Le quartier de Bryggen, avec ses entrepôts en bois colorés alignés le long du port, est l’un des endroits les plus photographiés de Scandinavie. Et il mérite sa réputation.
On a passé 24 heures à Bergen. C’est court mais c’est déjà une idée très nette de la ville. Le marché aux poissons, établi depuis 1276, est touristique à souhait et le fish and chips qu’on y a mangé était franchement dispensable. Les halles couvertes à l’intérieur sont bien meilleures. On a compris ça après. Le funiculaire Fløybanen monte au mont Fløyen en quelques minutes pour une vue magnifique sur la baie. Pour les courageux, le mont Ulriken en téléphérique offre des panoramas encore plus spectaculaires à 643 mètres.
Bergen se visite très bien à pied. Bryggen, Skostredet et ses fresques murales, les ruelles pavées entre cafés et petites boutiques. Un parapluie dans le sac, c’est indispensable. Mon article Bergen, la perle de la Norvège détaille tout ce qu’il faut voir dans la ville si vous voulez creuser le sujet.
Nærøyfjord et Flåm : le fjord le plus étroit de Norvège
Gudvangen est au bout d’une route qui rétrécit elle aussi, comme si le paysage voulait préparer à ce qu’il va montrer. Le Nærøyfjord est là, 250 mètres de large à son point le plus serré. Le plus étroit de Norvège, classé UNESCO avec le Sognefjord. Les parois plongent dans l’eau sans prévenir. En regardant vers le haut, il faut vraiment pencher la tête. Des cascades dégringolent des flancs, minces comme des fils à cette distance, mais on entend leur bruit depuis la rive.
On a sorti nos sandwichs sur un rocher au bord de l’eau. Du fromage brun norvégien, du pain de seigle, un truc sucré acheté tôt le matin à la station-service d’avant Gudvangen. Repas banal. Décor pas banal du tout. Le village viking de Njardarheimr, le kayak sur le fjord — on n’a pas eu le temps. C’est le genre de regret qu’on trimballe sur toute la route du retour.

On repart vers Flåm, vingt minutes de route au bord de l’eau. Flåm, c’est surtout le Flåmsbana. Un vieux train rouge qui monte depuis le fjord jusqu’à Myrdal, 867 mètres plus haut. J’avais vu des photos avant de partir et j’avais pensé : attraction touristique classique. En vrai, les gorges et les cascades qu’on traverse sont hallucinantes. Deux heures aller-retour. Réservez bien à l’avance — on a failli ne pas avoir de place en septembre.

Le belvédère de Stegastein
650 mètres au-dessus de l’Aurlandsfjord. Une plateforme en bois, acier et verre qui jaillit de la falaise au bout de la route panoramique Aurlandsfjellet. La route pour y accéder depuis Aurland est raide, étroite, avec sept virages en épingle. En septembre, en fin de journée, on n’a croisé que quelques voitures.
Le design de la plateforme est saisissant. Moderne, brut, presque agressif dans ce paysage sauvage. Et la vue en bas fait un effet immédiat. Le genre d’endroit où on reste plantée cinq minutes à regarder sans penser à rien. Je ne recommande pas les toilettes sur place, elles étaient fermées à notre passage. La réputation qu’elles avaient pour leur vue exceptionnelle restera donc à vérifier.

La descente vers Laerdal sur cette route panoramique a encore une surprise : on part du niveau de la mer, on monte à 1 306 mètres, on redescend. Au réveil le lendemain matin, les paysages étaient saupoudrés de neige fraîche. En septembre. Le sud de la Norvège fait ça, change de saison du soir au matin.
Glacier Briksdalsbreen et lac Oldenvatnet
La Norvège compte près de 1 600 glaciers, hors Svalbard. Et dans le sud du pays, ils sont souvent accessibles à pied depuis le bord de la route. Le Briksdalsbreen en est l’exemple parfait. On gare le van au bord du lac Oldenvatnet, et une balade facile mène directement au pied du glacier.
Le site est enchanteur. Le lac, d’un bleu-vert impossible, reflète les montagnes qui le cernent. Mais il attire beaucoup de croisiéristes, et un ballet de jeeps bruyantes transporte les visiteurs qui ne veulent pas marcher. Ça casse un peu la magie. On a mangé notre pique-nique sur une des tables aménagées autour du lac, dos aux jeeps, face à la glace. C’était très bien quand même.

Le lac turquoise de Lovatnet
Si je devais ne garder qu’un souvenir visuel de tout ce voyage, ce serait probablement le Lovatnet. Ce lac aux eaux turquoise, entouré de montagnes et alimenté par des glaciers, a quelque chose d’irréel. La couleur de l’eau n’existe pas dans la nature ordinaire. On dirait une retouche photo. Et c’est bien réel.
On a passé la nuit au camping Sande, le seul camping de tout notre voyage. Les emplacements en bord d’eau avec vue directe sur les montagnes et les cascades glaciaires sont époustouflants. Pour ceux qui veulent pousser jusqu’au bout du lac, une route payante (70 NOK) permet d’accéder au glacier de Kjenndalen. On ne l’a pas faite, on le regrette. On reviendra.

Geirangerfjord et les 7 Sœurs
Geiranger. Le nom revient dans tous les guides, toutes les listes, toutes les conversations sur la Norvège. Et oui, c’est classé UNESCO. Et oui, il y a des paquebots. Parfois plusieurs à la fois, amarrés dans le fjord comme des immeubles flottants. En juillet, c’est la fête foraine. Je préfère être honnête là-dessus plutôt que de vous envoyer là-bas avec des attentes démesurées. Le Nærøyfjord, juste avant, est objectivement plus beau dans ces conditions. Mais Geiranger se mérite. Il faut juste savoir quand et comment.
Personnellement, si vous arrivez en pleine saison avec un bateau de croisière devant vous, vous risquez d’être déçue. D’autres fjords, moins connus, sont tout aussi impressionnants et bien plus paisibles.
Ce qui sauve Geiranger, c’est la stratégie. On a dormi dans le van à proximité et on est arrivés à l’aube au panorama Flydalsjuvet. Pas un paquebot à l’horizon. Juste le fjord, le silence et les cascades des 7 Sœurs en face. Là, on comprend pourquoi l’endroit est célèbre.
On a tenté la randonnée de Skageflå, qui part en hauteur et longe les cascades. Un contretemps nous a fait démarrer depuis le parking d’Homlung plutôt que depuis le bateau. Sentier boueux, glissant, assez éprouvant. On a fait demi-tour après 1h30 sans atteindre l’ancienne ferme. Mes mollets avaient décidé. La prochaine fois, on prend le bateau. En terminant la journée par le belvédère d’Ørnesvingen, la vue sur le fjord était à couper le souffle.

Pour en savoir plus sur les croisières dans les fjords norvégiens, j’ai un article qui détaille cette autre façon de découvrir la région.
La route panoramique de Geiranger à Trollstigen
Cette portion de route est l’une des plus belles d’Europe, sans exagération. Des vallées vertes profondes, des montagnes qui barrent l’horizon, des arrêts photos à chaque virage. On a hésité à la prendre à cause de travaux qui fermaient un tronçon entre Trollstigen et Åndalsnes. On a eu raison de la prendre quand même.

On est arrivés à Trollstigen en fin de journée, presque seuls sur le site. L’aménagement est superbe. Des passerelles et belvédères en bois et acier qui s’accrochent à la falaise, au-dessus de la cascade qui dégringole sous les lacets de la route. Le design moderne qui épouse la nature brute plutôt que de la défier. En redescendant, on s’est arrêtés à Gudbrandsjuvet pour observer les gorges. Le café au bord de la rivière était fermé. La beauté des gorges était ouverte, elle.
Åndalsnes, le village qui tutoie les sommets
Coup de cœur total. Åndalsnes est un village à la rencontre des fjords et des montagnes. C’est ici que la Norvège devient alpiniste. Le Romsdalseggen, classé parmi les plus belles randonnées de montagne au monde par Lonely Planet, offre 10 km de ligne de crête et 970 mètres de dénivelé avec une vue sur le mur des Trolls. C’est pour les marcheurs aguerris, comptez entre 5 et 8 heures.
On a opté pour une version plus douce. Le téléphérique Romsdalsgondolen (370 NOK l’aller, 550 NOK l’aller-retour) monte directement au panorama, avec un restaurant Eggen au sommet. On a déjeuné là-haut, face aux Trolls. La vue est extraordinaire. Le repas était très bien. C’est l’option parfaite quand les mollets ont déjà beaucoup donné sur les deux semaines précédentes.
Pour redescendre, on a emprunté le sentier à pied jusqu’au village, avec passage par la passerelle suspendue de Rampestreken. En soirée, la courte randonnée jusqu’au Litlefjellet offre un coucher de soleil sur Trollveggen et la vallée de Romsdal. Abrupte mais courte. Un dernier effort pour une dernière image magnifique.

Organiser son voyage en Norvège en van
Quelques réalités pratiques que les articles oublient souvent de mentionner. La Norvège est chère. Vraiment. Un plein de supermarché pour deux personnes revient facilement à 80 ou 100 euros. L’hébergement en van permet d’économiser une somme considérable sur deux semaines. C’est une des raisons pour lesquelles ce format de voyage fonctionne si bien dans ce pays.
On a alterné nuits dans le van sur des aires gratuites ou des campings, et quelques nuits en location pour le confort. Les parkings des cascades d’Hardanger sont gratuits, bien aménagés, parfaits pour une nuit en van. Le camping Sande au Lovatnet est payant mais la vue en vaut chaque couronne.
Sur la organisation d’un road trip en Norvège, j’ai un guide dédié qui couvre les aspects pratiques, les routes à éviter et les meilleures périodes pour chaque région. Septembre reste la meilleure période pour éviter les foules tout en ayant des températures agréables. Juillet et août, c’est magnifique mais fréquenté. Très. Les islanders et les Scandinaves sont en vacances, les sites comme Preikestolen sont bondés dès 9 heures du matin.
Pour les amateurs d’aurores boréales, le sud de la Norvège n’est pas la meilleure région. Il faut monter plus au nord, vers les Lofoten ou la Finlande. Cela dit, certaines nuits de septembre nous ont offert des cieux étoilés d’une clarté rare, sans lumière artificielle à des kilomètres à la ronde.
Si la Norvège vous donne envie d’explorer d’autres destinations nordiques, l’itinéraire Islande en une semaine est une excellente suite logique. Les paysages sont différents mais la même philosophie s’applique : un van, des routes ouvertes, et l’instinct pour s’arrêter au bon endroit.
Pour préparer votre valise de voyage en hiver ou en intersaison nordique, mon guide sur l’équipement hiver pour voyager liste tout ce qu’on glisse dans le sac avant de partir dans le froid.
Et si les fjords vous attirent mais que le van n’est pas votre truc, une croisière dans les fjords norvégiens est une autre façon magnifique de voir les mêmes paysages depuis l’eau. Deux expériences très différentes. Les deux valent le détour.
Enfin, si vous souhaitez prolonger votre exploration de la Scandinavie vers les villes, mon article sur Ålesund, surnommée la petite Venise norvégienne, est une étape naturelle depuis Åndalsnes.
Le mot de Christel
Ce voyage m’a rappelé quelque chose d’essentiel. La Norvège ne se visite pas, elle s’habite. Même deux semaines, c’est trop court pour vraiment la comprendre. Mais c’est largement assez pour tomber amoureux. Le Lovatnet, Åndalsnes au coucher de soleil, la brume du Nærøyfjord au petit matin depuis le van. Ce sont des images qui restent longtemps après le retour. Pas des photos Instagram. Des vraies.
Dans le Club Jet-lag, j’ai rassemblé mes bonnes adresses complètes pour cet itinéraire : les campings et aires en van que je recommande vraiment, les restaurants qui valent le détour à Bergen et Stavanger, et mes astuces pour réserver Preikestolen hors saison sans se retrouver dans la foule.
→ Accéder à la version complète
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