Visiter la Costa Brava, c’est se faire piéger par la réputation avant même d’avoir bouclé sa valise. On arrive avec des images de criques turquoises, on redoute les foules de juillet, et on finit par tomber amoureux d’un village perché qu’on n’avait pas prévu. C’est exactement ce qui m’est arrivé. J’ai fait ce road trip en Catalogne un mois de mai — la meilleure décision de l’année. Voici ce que j’en retiens vraiment, sans la langue de bois.
La Costa Brava s’étend sur 160 km entre Blanes et la frontière française, côté Méditerranée. Ce n’est pas une destination, c’est une région entière. Des criques secrètes, des villages médiévaux intacts, une ville comme Gérone qui mérite deux jours à elle seule, et entre les deux, des routes sinueuses que j’aurais voulu ne jamais quitter.
Mon itinéraire Costa Brava en road trip
Soyons honnêtes : la Costa Brava se visite en voiture. Les transports en commun existent mais n’atteignent pas les criques cachées, ni les villages perchés, ni les routes qui longent les falaises au coucher du soleil. C’est une évidence qu’aucun article ne dit clairement. À Gérone, les agences de location sont nombreuses et la concurrence fait baisser les prix. C’est là que j’ai pris ma voiture. Erreur évitée : Barcelone, où les tarifs font mal et le parking encore plus.
Mon circuit a duré une semaine. Nord au sud, en gros : Cadaqués d’abord, parce que c’est le plus loin et qu’il faut y aller quand on est encore frais. Puis Roses, L’Escala, Begur — trois nuits là-bas minimum. Calella de Palafrugell une matinée. Pals l’après-midi. Tossa de Mar en passant. Lloret de Mar pour les jardins, pas pour la plage principale. Et Gérone en dernier, parce que ça s’impose
Quelle est la meilleure période pour visiter la Costa Brava
Mai, juin, et la deuxième quinzaine de septembre. Ce sont les fenêtres idéales. La mer est chaude, les plages sont respirables, et les restaurants n’affichent pas encore complet trois semaines à l’avance. Juillet et août existent, mais Cadaqués en plein août ressemble à une fourmilière avec vue sur mer. Pas mon truc.
Les villages de la Costa Brava à ne pas manquer
Les Costa Brava villages sont son vrai atout. Pas les plages — les villages. Ce sont eux qui donnent à la région son caractère, son odeur de jasmin dans les ruelles, ses façades blanchies. En voici cinq que je recommande sans réserve.
Cadaqués, le village blanc qui justifie le détour
Cadaqués est un cas à part. Ce village est objectivement beau, avec ses maisons blanches en amphithéâtre sur la baie, son église baroque, ses ruelles étroites et ses galeries d’art. Dalí y a vécu. Picasso y est passé. Et ça se voit encore, dans une certaine atmosphère bohème qui résiste malgré le tourisme. En mai, c’est presque silencieux. En août, vous serez en file devant chaque restaurant.
À ne pas manquer : la maison-musée Salvador Dalí à Portlligat, à 10 minutes à pied du centre. La réservation est obligatoire et les créneaux partent vite. L’intérieur est fascinant — piscine en forme de lèvres, miroirs partout, l’obsession d’un homme pour sa femme et pour lui-même à parts égales.
Où dormir : Hotel Spa Empúries Cadaqués — vue sur la baie, piscine, deux restaurants. La terrasse du soir donne sur le village illuminé. C’est le genre d’endroit où on reporte son départ d’une nuit.
Begur, le coup de cœur perché
Begur est le village que je n’avais pas vu venir. On arrive par une route qui monte entre pins et garrigue, on se gare en bas, et on découvre un village médiéval perché à 200 mètres d’altitude avec des ruines de château au sommet. La vue sur la Costa Brava depuis là-haut est une des meilleures de la région.
Les rues sont pavées, les édifices sont en pierre ocre, et les terrasses de restaurants sentent le romarin grillé. C’est un peu plus authentique que Cadaqués — moins couru, moins poseur. Et les criques en contrebas (Aiguafreda, Sa Tuna, Fornells) comptent parmi les plus belles de toute la côte.
Où dormir : Hotel Alta House Begur — rooftop avec vue panoramique, piscine au calme, décoration soignée. Une des meilleures adresses design de la région à prix raisonnable.
Calella de Palafrugell, la carte postale vivante
Calella de Palafrugell, j’y suis arrivée par hasard, après un mauvais virage. C’est souvent comme ça que les endroits restent. Un port minuscule, des façades jaunes et blanches un peu défraîchies sous le soleil, des barques qui cognent doucement contre les amarres. Pas un décor — une vraie vie de village qui tourne encore autour de la mer.
Mes adresses ici : El Balco de Calella pour déjeuner avec une vue imprenable sur le village. L’endroit est simple, les prix sont honnêtes, et la pieuvre grillée est mémorable. Pour dormir, l’Hotel Sant Roc est perché sur une petite colline avec une vue sur la mer depuis chaque chambre.
Pals, le village médiéval le plus intact
Pals mérite qu’on s’y arrête au moins deux heures. Ce village du 9e siècle construit autour d’une forteresse a gardé son périmètre médiéval presque intégralement. Quatre tours, une église romane, des ruelles en pierre et l’impression de voyager dans le temps pour de vrai — pas dans une reconstitution pour touristes.
Autour du village, le paysage change. Des rizières, des zones humides, des dunes. C’est le parc naturel du Montgrí. On est loin de l’image balnéaire qu’on associe à la Costa Brava, et c’est précisément ce qui rend Pals intéressant.
Tossa de Mar, les remparts et la plage

Tossa de Mar, ça se découvre depuis la mer si possible — ou depuis la route en corniche, ce qui donne à peu près la même impression. Les remparts du 13e siècle avancent dans l’eau comme s’ils avaient décidé de garder la plage pour eux. Classés monument national depuis 1931, ils forment l’unique village fortifié médiéval intact du littoral catalan. À l’intérieur des murailles, des ruelles pavées, l’abside d’une église gothique, et un phare planté sur la pointe la plus haute. La vue sur la plage de Codolar depuis là-haut est une de celles qu’on ne cherche pas à photographier — on la regarde, c’est tout.
Détail que j’aime : la statue d’Ava Gardner en remontant vers les remparts. Un hommage au tournage du film Pandora en 1951. Le genre d’anecdote qui donne de la matière à un endroit.
Les incontournables Costa Brava hors plage
Gérone, la vraie surprise du séjour

Gérone, j’avais prévu d’y passer deux heures. J’y suis restée une journée et demie. La cathédrale gothique — la nef la plus large du monde dans ce style — écrase tout ce qu’on a vu avant. Les bains arabes du 12e siècle valent 2€ et une heure de silence. Et les remparts carolingiens, qu’on longe à pied depuis les jardins, donnent sur les toits rouges du quartier juif médiéval. Game of Thrones a tourné ici. Ça se voit dans les ruelles, même sans savoir pourquoi.

Le monastère de Sant Pere de Galligants cache quelque chose d’inattendu derrière sa façade romane austère. À l’intérieur, un musée archéologique qui rassemble des sarcophages romains, des chapiteaux sculptés du 12e siècle, des mosaïques et quelques pièces qui auraient leur place dans un roman de Umberto Eco. Le cloître est beau. Pas spectaculaire — beau, lentement, si on prend le temps de lever les yeux sur les chapiteaux.
Les Bains Arabes sont à deux rues de là. 2€ l’entrée, et on se retrouve à déambuler dans un circuit thermal du 12e siècle pratiquement intact. Frigidarium, tepidarium, caldarium — les salles se succèdent dans un silence presque total. L’endroit est discret, peu visité par rapport à la cathédrale. C’est exactement ce qui en fait le charme.
La promenade sur les murailles est une des plus longues d’Europe. On y accède facilement depuis les jardins qui longent Sant Pere de Galligants. Vue plongeante sur les toits de tuiles et les façades colorées du quartier juif médiéval. Prévoir une heure. Mon conseil : commencer par les murailles tôt le matin, avant la chaleur et les groupes.
Et pour le dîner — si vous n’avez qu’une seule table en Catalogne, que ce soit à Gérone. El Celler de Can Roca, trois étoiles Michelin, est ici. La réservation se fait des mois à l’avance, mais même sans ça, les restaurants du centre historique proposent une cuisine catalane sérieuse.
Le triangle Dalí
Salvador Dalí hante la Costa Brava. Né à Figueres, amoureux de Cadaqués, enterré sous son propre musée — il a transformé cette région en territoire artistique. Trois adresses dalinien à connaître. Figueres d’abord, avec le Théâtre-Musée que Dalí a conçu lui-même dans les ruines d’un théâtre municipal détruit pendant la guerre — il est enterré en dessous. Portlligat ensuite, sa maison-musée près de Cadaqués, construite par accumulation de cabanes de pêcheurs sur trente ans. Púbol enfin, le château médiéval qu’il a offert à Gala et où il n’avait le droit d’entrer que sur invitation écrite. Tout voir en un séjour, c’est possible mais épuisant. Entre les deux, je préfère Portlligat. C’est plus intime, plus étrange aussi.
Le Camí de Ronda, la randonnée côtière
Le Camí de Ronda, à la base, c’était un chemin de surveillance du littoral. Les gardes-côtes le longeaient à cheval pour repérer les contrebandiers. Aujourd’hui on y marche en sandales — ou en chaussures de rando si on est raisonnable, parce que certains passages sont franchement rocheux. Ce sentier est le seul moyen d’atteindre les criques qu’aucune route n’approche. Entre Tamariu et Calella, comptez deux heures tranquilles. Entre Cadaqués et Cap de Creus, une demi-journée minimum. Prévoir des chaussures fermées — certains passages sont rocheux.
Les plus belles plages de la Costa Brava
Les plages Costa Brava sont très variables. Il y a les grandes plages de sable accessibles en bus, et les petites criques qu’on rejoint à pied ou en bateau. Ce sont les secondes qui valent le voyage.
Mes préférées : Sa Tuna et Aiguafreda près de Begur (criques rocheuses, eaux cristallines, accès à pied uniquement). Cala Bona à Cadaqués (calme même en été, atmosphère de village de pêcheurs). Les plages de Fenals et Sa Boadella à Lloret de Mar — moins connues que la plage principale, nettement plus agréables. Et Llafranc, entre Calella et Tamariu, pour une plage de sable avec des restaurants corrects directement sur le front de mer.
Sur Lloret de Mar en elle-même : la ville est animée, festive, et son architecture moderniste est réelle — la villa romaine des Amettlers (1er siècle av. JC) est fascinante, et les Jardins de Santa Clotilde méritent absolument le détour.

Ces jardins de 19 hectares accrochés à la falaise au-dessus de la mer ont été créés en 1918 par le paysagiste Nicolau Rubió i Tudurí pour le marquis Roviralta. Style renaissance à accents italiens, terrasses donnant sur la plage de Fenals et la crique Sa Boadella, pins, mimosas, fontaines et nénuphars. Entrée 5€. Ouvert toute l’année. Un des endroits les plus beaux et les moins bondés de toute la Costa Brava.
Que faire sur la Costa Brava quand il pleut
Il pleut rarement. Mais ça arrive, et il vaut mieux avoir un plan B. En cas de mauvais temps sur la Costa Brava, voici ce que je ferais dans l’ordre.
En priorité : Gérone. La ville se visite entièrement sous abri ou sous des arcades médiévales. Le musée archéologique de Sant Pere de Galligants, les Bains Arabes, et le musée du cinéma (une des plus belles collections d’art de l’illusion en Europe) tiennent une journée complète. Deuxième option : le Théâtre-Musée Dalí à Figueres. Compter facilement trois heures. Troisième option pour les amateurs : les caves à vin de la région Empordà, avec des producteurs qui proposent des dégustations toute l’année.
Costa Brava en famille — ça marche vraiment
La Costa Brava en famille est une combinaison qui fonctionne mieux qu’on ne le croit. Les plages de Blanes et Lloret de Mar ont des eaux calmes et des clubs enfants. Le village médiéval de Pals se visite en 90 minutes à pied, c’est parfait pour les enfants curieux sans être épuisant. Le parc naturel du Montgrí et les îles Medes proposent de la plongée et du snorkeling pour les plus jeunes. Et Gérone, avec ses remparts à grimper et ses ruelles de Game of Thrones, capte facilement l’attention des ados.
À éviter avec de jeunes enfants : Cadaqués en haute saison (routes sinueuses, peu de parking, plage de galets). Privilégier plutôt le secteur Begur-Palafrugell pour la qualité des criques et la relative tranquillité.
Infos pratiques pour visiter la Costa Brava
Comment y aller : Aéroport de Gérone-Costa Brava (GRO) pour les vols directs depuis Paris et plusieurs villes françaises. Ou Barcelone El Prat (BCN) avec une heure de route supplémentaire. Depuis le sud de la France, la frontière est à deux heures de Perpignan — la route côtière est spectaculaire.
Se déplacer : Voiture indispensable. Location à l’aéroport de Gérone pour les meilleurs tarifs. Le GPS suffit mais emportez aussi des cartes papier — les signaux se perdent sur les routes côtières.
Budget hébergement : La Costa Brava propose de tout, du camping 5 étoiles aux Paradores espagnols en passant par les hôtels design de Begur. En dehors de juillet-août, les tarifs sont très raisonnables pour la qualité proposée.
FAQ — Vos questions sur la Costa Brava
Quelle est la plus belle ville de la Costa Brava ? Il n’y a pas de réponse unique. Pour le caractère et l’authenticité, Cadaqués. Pour l’architecture et la culture, Gérone. Pour l’ambiance balnéaire avec vue, Tossa de Mar. Pour le luxe discret, Begur.
Combien de jours prévoir pour visiter la Costa Brava ? Minimum 5 jours pour couvrir les essentiels. Une semaine est idéale. En dessous, vous passerez plus de temps en voiture qu’au bord de l’eau.
La Costa Brava est-elle chère ? Moins que la Côte d’Azur, moins qu’Ibiza. En mai ou septembre, les hôtels de charme sont accessibles, la restauration est honnête. Juillet et août font grimper les prix de 30 à 50 %.
Faut-il parler espagnol ? Non. Le catalan est la langue du quotidien ici. L’espagnol passe partout, et le français aussi — les villages proches de la frontière ont l’habitude des touristes français depuis des décennies. Dans les restaurants du secteur Cadaqués-Roses, on vous répondra souvent directement en français sans même qu’on vous le demande.
Peut-on visiter la Costa Brava depuis Barcelone en excursion d’une journée ? Techniquement oui, pour Tossa de Mar ou Gérone. Mais c’est dommage. La Costa Brava se mérite — elle se révèle quand on ralentit, pas depuis un bus de touristes.
Le mot de Christel
Si je devais choisir un seul endroit de la Costa Brava, ce serait Begur un soir de mai. La vue depuis les ruines du château, l’odeur de la pinède, la mer qui change de couleur toutes les dix minutes. C’est le genre de moment qui justifie d’avoir fait un long voyage pour pas grand-chose de prévu.
Dans le Club Jet-Lag, je partage mes adresses hôtelières précises dans la région — avec les chambres qui valent vraiment le prix, les restaurants qui méritent la table et les criques que je n’ai dites à personne d’autre.
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