Je vais être honnête : je ne m’attendais pas à grand chose. Louis Vuitton parfumeur, c’est un territoire que j’ai mis du temps à prendre au sérieux. Et puis j’ai senti Fleur du Désert dans une boutique à Doha, entre deux vols, les pieds dans les chaussures depuis 14 heures. Mauvais moment pour tester un parfum. Sauf que là, j’ai arrêté de marcher.
C’est du jasmin, mais pas le jasmin propret qu’on met dans les eaux de toilette pour faire joli. Celui-là est chaud, un peu animal, il sent la fleur en fin de journée quand elle commence à fermenter légèrement. Et dessous il y a quelque chose de boisé qui arrive discrètement, sans prévenir. Le désert d’Oman, j’y suis allée. Ça ressemble vraiment.

Un parfum signé Jacques Cavallier Belletrud
Cavallier Belletrud est le nez de Louis Vuitton depuis 2012. C’est lui qui a construit toute la collection de fragrances de voyage de la maison, et franchement on sent que ce n’est pas un travail alimentaire. Fleur du Désert surtout. Il y a une obsession là-dedans, un truc qui ressemble à quelqu’un qui a passé trop de temps à regarder des cartes du Moyen-Orient en se demandant comment faire sentir une oasis à quelqu’un qui n’en a jamais vu.
Le résultat, c’est un floral oriental qui évite tous les pièges du genre. Ni lourd ni sucré ni trop épicé. Ce n’est pas le souk, ce n’est pas le riad de luxe avec son eau de rose en bouteille. C’est plus sauvage que ça, moins confortable.
Les notes de Fleur du Désert : jasmin, rose de Damas et oud
Trois fleurs, donc. Jasmin, rose de Damas, fleur d’oranger. Sur le papier c’est classique, presque prévisible. Ce qui l’est moins c’est la façon dont le jasmin absolu est travaillé ici : il garde son côté légèrement animal, cette petite note indolente qu’on retrouve dans les champs de jasmin en Inde ou en Égypte, et que la plupart des parfumeurs grand public chassent parce que ça déroute. Là elle est assumée. J’aurais tendance à dire que c’est ce qui rend ce parfum difficile à classer.
La base met du temps à se révéler. L’ambre, le benjoin, le musk, rien de surprenant dans la liste, mais c’est le dosage qui compte. Des heures après la vaporisation, il reste quelque chose de chaud sur la peau, discret, un peu comme la chaleur d’une pierre après le coucher du soleil. Ce fond-là, je le trouve vraiment réussi.
L’oud Assam, l’ingrédient qui change tout
Voilà ce qui distingue vraiment Fleur du Désert de ce qu’on trouve ailleurs. L’oud utilisé ici vient du Bangladesh, distillé par une famille productrice depuis deux siècles, fournisseur exclusif de la maison. Ce n’est pas du marketing, ce détail. L’oud Assam a un profil très différent des ouds du Golfe ou d’Inde : moins médicinal, moins chargé, avec une profondeur boisée qui supporte le floral au lieu de l’écraser.
Dans le flacon il passe du noir au rose profond selon la lumière. C’est le genre de détail qu’on ne voit pas dans les photos mais qui est plaisant à observer en vrai.
Pour celles qui ont toujours fui les parfums à l’oud parce que trop masculins ou trop orientaux au mauvais sens du terme – celui-là mérite un essai. L’oud travaille en soutien, pas en solo. On le sent à peine. Mais sans lui, le parfum serait beaucoup moins intéressant.

Et Les Sables Roses dans tout ça ?
Dans la même collection, Les Sables Roses est le pendant plus aérien, plus matinal. Là où Fleur du Désert sent la fin d’après-midi et la nuit qui vient, Les Sables Roses sent la lumière de 7h sur les dunes – moins charnel, plus céleste, moins compliqué aussi. Je préfère Fleur du Désert mais je comprends que l’autre séduise davantage en première approche. Les deux se superposent bien sur la peau si vous voulez un truc plus nuancé.
Perso je mets Fleur du Désert le soir et Les Sables Roses quand je pars en weekend dans le Moyen-Orient ou en Namibie. Logique discutable mais qui tient pour moi.
Fiche technique et prix
Eau de parfum, 100 ml à 320 € et 200 ml à 495 €. Les deux flacons sont rechargeables, ce qui sur le long terme change un peu l’équation budgétaire. Notes : jasmin, rose de Damas, fleur d’oranger, oud Assam Bangladesh, ambre, benjoin, musk. En boutique Louis Vuitton ou sur louisvuitton.com.
Notre avis sur Fleur du Désert
320 euros les 100 ml c’est beaucoup. Je ne vais pas faire semblant que c’est accessible. Mais dans cette gamme de prix, parfumerie niche, maisons de luxe, Fleur du Désert tient vraiment la comparaison. Ce n’est pas un parfum passe-partout. Quelqu’un qui s’attendait à un floral classique et discret risque d’être déstabilisé par le jasmin animal et le fond boisé. Mais pour celles qui cherchent quelque chose qui raconte un endroit précis, une lumière particulière, le désert d’Oman à la tombée du jour, concrètement, c’est assez rare de trouver ça en flacon.
Tenue correcte, 6 à 8 heures sur peau hydratée. Meilleur en été où la chaleur sort le fond boisé. En hiver il se referme un peu, ce qui n’est pas forcément un problème selon les circonstances.
Nos autres parfums testés sur le blog : Ganymède de Marc Antoine Barrois, les parfums Aman, le parfum sucré et rebelle de Dior, les parfums Alexandre J, le parfum de l’Hôtel Cap Eden Roc par Dior et Coco Bergamote de Berdoues.
Le mot de Christel
J’ai acheté ce parfum deux fois. La première à Doha, en transit, avec 40 minutes devant moi et la tête ailleurs. Je l’ai senti par hasard sur le poignet d’une vendeuse. La deuxième fois c’était délibéré. Ce qui me plaît, c’est qu’il a ce truc assez rare de faire remonter un endroit précis, pas « le désert » en concept, mais le désert de Wahiba en fin d’après-midi, avec ce mélange bizarre de chaleur sèche et de fleurs qui ne devraient pas être là. Je ne sais pas si c’est ce que Cavallier Belletrud voulait faire. Mais c’est ce que j’ai eu.
Dans le Club Jet-lag, je parle parfums de voyage, parfums d’hôtels et maisons niche à connaître avant tout le monde.
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