On part en hydravion à l’île Maurice. Pas en hélicoptère. Pas en ULM. En hydravion. Cette chose étrange qui décolle de l’eau et qui fait un bruit de tondeuse géante. J’ignorais totalement que ça volait encore.
Je loge au LUX* Grand Gaube, au nord. L’hôtel a glissé le prospectus sous ma porte. Excursion hydravion. J’ai signé sans lire la suite. La promesse de hauteur, ça me rend faible.
Pourquoi j’ai choisi l’hydravion à l’île Maurice
L’hydravion, c’est le luxe sans le bling. Pas de jet privé. Pas de champagne à bord. Un appareil à flotteurs, un pilote en chemise, et vous. Trois personnes max. C’est ridiculement petit. C’est aussi ce qui le distingue de l’hélicoptère. Dans un hélico, vous êtes dans une bulle. Ici, vous êtes dans une boîte à sardines avec des hublots. Et bizarrement, c’est mieux.<
L’hydravion, c’est le luxe discret. Pas de jet privé, pas de champagne à bord. Un petit appareil à flotteurs, un pilote qui vérifie ses instruments, et vous. Trois personnes maximum. C’est ridiculement intime. C’est aussi ce qui fait la différence avec un hélicoptère. Là, vous êtes dans une bulle de verre. Ici, vous êtes dans une boîte de conserve avec des hublots. Et c’est mieux.
Décollage depuis Grand Gaube. Ce que ça donne vraiment
La base est à côté de l’hôtel. Bruno, le pilote, effectue ses vérifications. Moteur, flotteurs, carburant. Il a l’air de savoir ce qu’il fait. Ça me rassure. Un peu. Je monte à bord. L’intérieur est minuscule. Je suis collée à la vitre, heureusement. Le photographe est derrière. Le casque vissé sur les oreilles, on communique par radio. Le moteur hurle.
Le décollage se fait face au vent tropical. L’hydravion fend l’eau, accélère, et soudain on est en l’air. Pas de secousse. Juste une montée douce, presque paresseuse. On quitte la rive de sable blanc. L’océan Indien s’étale en dessous.

À bord. L’espace est ridicule. La vue est immense.
On est trois. Le pilote, moi, et le photographe. Pas de place pour bouger. Pas de place pour paniquer non plus. Le casque coupe le bruit des moteurs. On parle par micro. Bruno pointe du doigt. Des champs de canne à sucre. L’archipel des Mascareignes au loin. Le Parc National, cette masse verte dont les Mauriciens sont fiers.
Mais ce qu’on vient voir, c’est la côte nord. Les lagons cristallins. Cette eau qui passe du bleu pâle au turquoise au bleu outremer en quelques mètres. On dirait une carte postale. Sauf que c’est réel. Sauf que je suis dedans. Sauf que je peux presque toucher les cocotiers du hublot.
Je pense à Tahiti. À Bali. À Bora Bora. J’y suis allée. C’est comparable. Mais ici, il y a quelque chose de plus doux. Une lumière différente. Je ne saurais pas dire quoi exactement. Peut-être que l’île Maurice est plus petite. Qu’on la domine plus facilement du ciel. Qu’elle se laisse regarder sans se défendre.
Ce qu’on voit du ciel. Tortues, raies et cascade sous-marine
Le pilote baisse l’altitude. On survole Mont Choisy. Déjà, le Coin de Mire apparaît. Cette pointe rocheuse qui surgit de l’océan comme un doigt dressé. Bruno me montre des taches sombres dans l’eau. Des tortues. Des raies. J’ai comme l’impression d’être Arthus-Bertrand. Sauf que mes talents de photographe sont très certainement moindres. Peu importe. Je shoot quand même.

Et puis soudain, elle apparaît. La cascade sous-marine du Morne. Une illusion d’optique. L’eau semble tomber dans un gouffre sans fond. C’est l’effet des sédiments et du courant qui glissent le long du récif. Du ciel, c’est encore plus dérangeant. On dirait que l’océan se vide. Que la terre s’ouvre. Je reste sans voix. Vingt minutes de vol, et déjà ce spectacle.

On continue. Les eaux cristallines dévoilent les récifs. Les profondeurs inattendues. Les plages de sable blanc ciselées par les vagues. Je comprends pourquoi on appelle ça un confetti dans l’océan. Vu d’en haut, c’est exactement ça. Un morceau de terre minuscule, perdu, précieux.

Atterrissage et verdict. Vaut-il vraiment le détour ?
Vingt-cinq minutes. C’est court. C’est aussi parfait. Plus long, et l’excitation retomberait. Plus court, et on aurait l’impression d’avoir été volé. L’atterrissage est aussi doux que le décollage. L’hydravion pose ses flotteurs sur l’eau, glisse, s’arrête. On marche sur la plage. Le sable est chaud. Je retire mon casque. Le silence me surprend.
Alors, vaut-il le détour ? Oui. Sans hésiter. Pas pour le confort. L’hydravion n’est pas confortable. Il est bruyant, exigu, un peu rudimentaire. Mais pour la vue. Pour cette sensation d’être seule au monde, suspendue entre ciel et mer. Pour la cascade sous-marine qui restera gravée. Pour les tortues aperçues du hublot. Pour le privilège de voir Maurice comme peu de gens la voient.
Je repense à ce que j’ai lu quelque part. Que l’hydravion, c’était le moyen de transport du futur. Dans les années trente, on imaginait des lignes régulières d’hydravions entre les îles. Ça ne s’est pas fait. Le futur a pris un autre chemin. Mais pendant vingt-cinq minutes, j’ai habité celui qu’on avait rêvé. Et c’était bien.
Infos pratiques. Tarif, durée et comment réserver
L’expérience était organisée par le LUX* Grand Gaube. L’hôtel propose aussi d’autres excursions. Croisières en catamaran, sports nautiques, observation des baleines et des dauphins, spa, cours de surf. L’hydravion reste mon coup de cœur.
La compagnie Lagoon Flight propose plusieurs durées. Dix minutes, vingt minutes, trente minutes. Le tarif pour vingt minutes est de 173,08 €. C’est un investissement. Mais c’est aussi un souvenir qui ne s’efface pas. Je recommande de réserver à l’avance, surtout en haute saison.
Le départ se fait depuis la rive sud ou depuis Grand Gaube. Les deux itinéraires offrent des perspectives différentes. Le nord est plus sauvage. Le sud passe près du Morne Brabant, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mon conseil ? Choisissez selon votre hôtel. Moins de trajet, plus de temps dans les airs.
Si vous hésitez entre hydravion et hélicoptère, mon avis est simple. L’hélicoptère est plus confortable, plus rapide, plus spectaculaire. L’hydravion est plus authentique, plus proche de l’eau, plus intime. Pour une première fois, je dirais hélicoptère. Pour quelque chose de différent, l’hydravion gagne haut la main.
Le mot de Christel
Je suis rentrée de Maurice avec cent quarante-sept photos de lagons. Toutes floues. Toutes magnifiques. Aucune ne vaut ce que j’ai vu. C’est le problème avec le ciel. Il ne tient pas dans un appareil photo. Il tient dans la tête. Et dans les os. Quand je ferme les yeux, je suis encore là. Dans cette boîte de conserve bruyante, collée à la vitre, à regarder l’océan Indien se déployer comme un tapis qu’on n’oserait pas marcher.
Je suis retournée à Maurice depuis. Pour le magazine. Pour le blog. Pour le plaisir. J’ai refait l’hydravion ? Non. Certaines choses ne se refont pas. On les garde intactes. C’est aussi ça, le luxe discret. Savoir quand s’arrêter.
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