Je n’avais pas prévu d’y aller. Quelqu’un m’a embarquée dans sa voiture un matin, direction le grand nord écossais. J’ai dit oui sans trop réfléchir. Mauvaise idée de ne pas y être allée plus tôt, bonne idée d’y être allée tout court. J’en suis revenue avec le vent dans les oreilles pendant des semaines.

On connaît l’Écosse version carte postale. Le Loch Ness, l’île de Skye, Édimbourg et ses fantômes. Mais l’extrême nord ? Quasiment personne n’en parle. Et c’est exactement pour ça qu’il faut y aller.
Le nord de l’Écosse, territoire oublié — et c’est très bien comme ça
L’Écosse est une île dans une île. Enfin, presque. Ce qu’on oublie, c’est la multitude de petites îles bien plus au nord. Des archipels entiers, discrets, sauvages. Presque scandinaves dans l’âme.
Les Orcades. Les Shetland. Les Hébrides. Des noms qui sonnent comme des sorts. Près de 70 îles et îlots pour les seules Orcades, à 16 km à peine de la côte nord du Caithness. La même latitude qu’Oslo. Et pourtant, un climat étonnamment doux grâce au Gulf Stream.
C’est ici que les Vikings ont posé le pied. Et qu’ils sont restés 700 ans.
Road trip vers les Orcades : la route fait déjà partie du voyage
Le road trip dans le nord des Highlands commence bien avant d’atteindre les îles. La route, elle-même, est un spectacle. Ça monte, ça vire, ça descend sur la mer. On n’est pas là pour aller vite.
Château d’Ardvreck : la ruine qui coupe le souffle
Premier arrêt marquant : le château d’Ardvreck. Une ruine au bord d’un loch isolé. Le genre de décor qui vous expédie directement au Moyen Âge sans prévenir. On reste là, à regarder les pierres grises se refléter dans l’eau noire. On ne dit rien. Il n’y a rien à dire.
La Bealach na Ba : la route la plus vertigineuse d’Écosse
Ensuite vient la Bealach na Ba. Une route en lacets serrés qui grimpe dans les nuages. Vue imprenable sur les fjords écossais. Le genre d’endroit où on se sent vraiment au bout du monde. Et on l’est, un peu.
Honnêtement, si vous avez le vertige au volant, prenez quelqu’un d’autre pour conduire ce tronçon. C’est magnifique et terrifiant en même temps.
L’Applecross Inn : fruits de mer et temps suspendu
En longeant la côte, on tombe sur l’Applecross Inn. Fruits de mer frais, bière locale, aiguilles d’une montre qui tournent au ralenti. C’est ça aussi, le nord de l’Écosse. Un rythme différent. Une façon de voyager qui ressemble à une respiration.
Réservez à l’avance. Surtout en été. Le monde entier a fini par découvrir cette adresse.
Skara Brae : village néolithique UNESCO plus vieux que Stonehenge
Sur la route des Orcades, premier contact avec l’histoire ancienne du territoire. Skara Brae. Un village en pierre découvert en 1850 après une tempête qui a dénudé une dune de sable. Ni plus, ni moins que l’un des villages néolithiques les mieux conservés d’Europe occidentale.
Habité 600 ans, entre 3200 et 2200 avant Jésus-Christ. Classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Plus ancien que Stonehenge et les pyramides de Gizeh. Ce n’est pas de la com’. C’est juste la réalité.
Huit maisons en pierre. Des pièces réelles, séparées. Des étagères taillées dans la roche pour ranger les objets précieux. Des passages couverts qui relient les habitations entre elles. Certains appartements parisiens font franchement moins bien.
S’engouffrer dans ce dédale de pierres bien ordonnées fait quelque chose. Fouler la terre de ces ancêtres avec le vent glacial des Orcades qui vous caresse le visage. On grelotte. On est touché. C’est inévitable.
Visiter les Orcades : l’archipel qui ne se sent pas vraiment écossais
Direction Orkney. Tout au nord. Les Orcades, c’est 67 îles et îlots dont la majorité n’a pas été touchée depuis des siècles. Sur l’île principale, les moutons dépassent les humains en nombre. Franchement, c’est une bonne nouvelle.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’identité du lieu. Les gens d’ici ne se revendiquent pas vraiment écossais. Quelque chose en eux tire vers le nord, vers Oslo, vers la Scandinavie. Les noms de rues sonnent viking. Les pierres aussi, d’une certaine façon. On ne peut pas faire comme si ça n’existait pas.
Le Ring of Brodgar : cercle de mystères
Le Ring of Brodgar, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Un cercle de menhirs planté dans une lande ouverte, entouré d’eau des deux côtés. 340 pieds de diamètre. 4 500 ans d’âge. Il en reste 36 sur les 60 pierres d’origine, les autres ont disparu sans laisser d’explication. Lieu de culte, calendrier astronomique, territoire sacré ? La question reste entière. Et c’est tout ce qui fait sa force.
On tourne autour. On cherche une réponse. On n’en trouve pas. Et c’est exactement ça qui fascine.
Maeshowe et les runes vikings
4 800 ans. C’est l’âge de Maeshowe, tumulus funéraire aligné sur la lumière exacte du solstice d’hiver. Une fois par an, le soleil entre droit dans le couloir central. Des gens ont calculé ça sans GPS ni ordinateur. Au XIIe siècle, des Vikings ont forcé l’entrée et griffonné des runes sur les parois — les plus grandes inscriptions runiques trouvées hors de Scandinavie. L’une d’elles dit plus ou moins : « Rognvald était ici ». Il y a quelque chose de touchant dans cette continuité du vandalisme humain à travers les âges.
À noter : les créneaux de visite partent très vite. Réservez en ligne plusieurs semaines à l’avance, même hors saison.
La cathédrale Saint-Magnus de Kirkwall
Kirkwall n’est pas grande. Mais elle a une cathédrale qui écrase tout. Saint-Magnus, construite en 1137 par les Vikings eux-mêmes, en mémoire d’un comte assassiné. Presque 900 ans plus tard, l’édifice est toujours debout, toujours en service. Il y a quelque chose d’implacable dans cette permanence. Sobre, massif, sans fioriture. Le nord, quoi.
Distillerie Highland Park : le whisky qui goûte le territoire
Le whisky se fabrique ici depuis 1798. La distillerie Highland Park maintient les mêmes méthodes depuis ses origines. Le tourbe pour le maltage vient directement des landes d’Orkney. Ce qu’on boit dans le verre, c’est le territoire lui-même. Salé, fumé, minéral.
Un accord parfait avec le paysage dehors. La visite guidée dure environ une heure. La dégustation après, un peu plus longtemps.
Où dormir dans les Orcades
Pour l’hébergement, The Foveran est le coup de cœur absolu. Un cadre incroyable à flanc de colline, vue sur le détroit de Scapa Flow. Une cuisine entièrement locale, généreuse, issue de la mer.
Kirkwall concentre la plupart des options sur l’île principale. Pour quelque chose de plus isolé et authentique, les pensions de ferme à la campagne valent vraiment le détour. On dort mieux quand les moutons sont à 50 mètres. C’est prouvé.
Comment rejoindre les Orcades en ferry ou en avion
En avion depuis Inverness, Glasgow, Aberdeen ou Édimbourg. Vols quotidiens vers l’aéroport de Kirkwall. En ferry depuis Scrabster jusqu’à Stromness, traversée de 90 minutes. Ou depuis Gill’s Bay avec Pentland Ferries, 1 heure seulement.
La voiture est indispensable sur place pour relier les sites. Le camping-car reste une option prisée pour cette liberté totale de mouvement. Si vous voulez prolonger vers les Shetland ou l’île de Papa Westray, les ferries NorthLink vous y emmèneront. Avec une cabine de nuit, si possible. Le réveil face à la mer du Nord, ça ne s’oublie pas.
Infos pratiques pour organiser votre séjour aux Orcades
Skara Brae — avril à septembre, ouverture à 9h30 jusqu’à 17h30. En hiver, 10h à 16h. Depuis Kirkwall, une heure de route. Entrée payante, réservation conseillée si vous venez en juillet-août.
Ring of Brodgar — Accès libre toute l’année. Site UNESCO, gratuit.
Distillerie Highland Park — Kirkwall, Orcades. Visites et dégustations guidées. Horaires variables selon saison, vérifier sur le site officiel Visit Orkney.
Applecross Inn — Shore Street, Applecross, Ross-shire. Réservation conseillée, très populaire l’été.
Pour ceux qui souhaitent aussi passer par Dundee ou le domaine de Glamis avant de remonter vers le nord, l’itinéraire se prête parfaitement à une grande boucle.
Ce que ce road trip m’a appris
Le nord de l’Écosse n’est pas une destination de confort. Les routes sont étroites. Le vent est réel. La pluie est présente même en été. Mais c’est précisément pour ça qu’on y va. Pour ressentir quelque chose de brut, d’ancien, d’indomptable.
Ces archipels qui se sentent plus proches d’Oslo que d’Édimbourg ont quelque chose que peu d’endroits en Europe conservent encore. Une forme de pureté. On revient différente. Un peu plus nord. Un peu plus libre.
Pour ceux qui projettent un séjour en Écosse complet, je vous recommande aussi notre guide sur Édimbourg et notre article sur le road trip dans l’île de Skye. Bon début avant de plonger vers le grand nord.
FAQ — Vos questions sur les Orcades
Combien de jours faut-il pour visiter les Orcades ?
Comptez minimum 3 jours sur l’île principale pour les sites essentiels : Skara Brae, Ring of Brodgar, Maeshowe et Kirkwall. Avec 5 jours, vous pouvez explorer les îles secondaires comme Hoy ou Rousay. Le voyage depuis le continent (route + ferry) prend une journée complète chaque sens.
Quelle est la meilleure période pour aller aux Orcades ?
De mai à septembre pour le meilleur ensoleillement et les ferries en pleine capacité. Juillet et août restent les plus chargés. Septembre est mon mois préféré : la lumière est dorée, les groupes disparaissent, les paysages prennent une teinte dramatique. En hiver, Maeshowe s’aligne sur le soleil du solstice : spectacle unique mais réservations à faire des mois à l’avance.
Faut-il louer une voiture aux Orcades ?
Oui, sans hésitation. Les transports en commun couvrent très mal l’archipel. Les sites sont dispersés sur toute l’île principale et sur des îles secondaires accessibles par ferry. Louez directement à Kirkwall à votre arrivée, ou embarquez votre véhicule sur le ferry depuis le continent.
Les Orcades valent-elles vraiment le détour ?
Oui. Sans réserve. C’est l’un des endroits d’Europe où j’ai ressenti le plus fort cette impression d’être ailleurs, vraiment ailleurs. L’histoire y est physique, tangible, à portée de main. Les paysages ne ressemblent à rien d’autre. Et la densité touristique reste raisonnable comparée à Skye ou Édimbourg.
Le mot de Christel
Ce voyage, je ne l’avais pas prévu. Et c’est exactement ce qui l’a rendu inoubliable. Je ne suis pas historienne. Je ne suis pas archéologue. Mais me retrouver debout dans une maison vieille de 5 000 ans, avec le vent des Orcades qui tente de me décoiffer sérieusement, c’est là que j’ai compris pourquoi on voyage vraiment. Pas pour cocher des sites sur une liste. Pour ressentir quelque chose qu’on ne peut pas simuler dans un livre.
Ce road trip dans le nord de l’Écosse, j’en ai fait une version longue. Avec les bonnes adresses, les routes alternatives, les hébergements confidentiels et les horaires qui évitent les groupes. Tout ce que je n’ai pas eu la place de mettre ici. L’itinéraire détaillé jour par jour, les conseils pour les traversées en ferry, la sélection d’adresses locales.
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