Deux minutes. C’est le temps officiel du vol Westray–Papa Westray, homologué par le Guinness Book des records comme le vol commercial le plus court du monde. En pratique, avec un bon vent dans le dos et un pilote qui connaît sa piste par cœur, ça peut descendre à cinquante-trois secondes. Je dis « vol ». C’est davantage un saut de puce au-dessus d’un bras de mer écossais, à bord d’un appareil à hélice qui peut accueillir huit passagers en se serrant un peu. Et pourtant. Ce petit vol absurde, au bout du bout de l’archipel des Orcades, reste l’une des expériences les plus étranges et les plus belles que j’aie vécues lors de mon roadtrip en Écosse.
Papa Westray, ou Papay, pour les habitants, n’est pas une destination facile à justifier sur un itinéraire. L’île mesure neuf kilomètres carrés. Il y vit environ quatre-vingts personnes. Le seul bar est une salle communautaire. Et pourtant, quelque chose là-bas tient de la révélation.
Le vol le plus court du monde : deux minutes pour changer d’univers
Ce matin-là, j’embarque pour le vol 0930 de Kirkwall à Westray, puis à Papa Westray. La compagnie aérienne Loganair, qui dessert les îles Hébrides, les Shetland et les Orcades, opère cette ligne depuis des décennies. Elle en est fière, d’ailleurs. C’est l’une des rares choses qu’on peut trouver sur leur site sans chercher longtemps.

À bord du Britten-Norman : huit passagers et un pilote qui donne les consignes par-dessus l’épaule
Le Britten-Norman Islander BN2B-26 est un petit avion à ailes hautes, deux moteurs à hélice, cabine large comme un camping-car. On est collés les uns aux autres. Le pilote est à cinquante centimètres de nous. Quand il débite les consignes de sécurité, il le fait en se retournant à moitié sur son siège, d’un ton qui suggère qu’il a dit ça mille fois et que ça l’amuse encore un peu. Personne ne fait semblant de lire la notice de sécurité. Il n’y en a pas vraiment.
Le stress monte au décollage. La piste semble trop courte, vue depuis le hublot. Le paysage défile à toute allure, des pâturages verts, des moutons qui ne lèvent même pas la tête, la mer qui apparaît soudain sur les côtés. Et puis on est en l’air. Le survol de l’archipel des Orcades depuis cette altitude-là, c’est une carte postale vivante : des micro-îles parsemées dans la mer du Nord, chacune avec sa propre teinte de vert, ses falaises, ses nuages accrochés. Je comprends pourquoi les gens font ce vol uniquement pour ça.

Cinq minutes après le décollage de Kirkwall, avec l’escale à Westray, on atterrit à Papa Westray. Pas d’aéroport moderne. Juste un garage à avion, une piste d’herbe et le vent de la mer du Nord qui vous accueille sans cérémonie. Une impression de bout du monde s’installe immédiatement. Ce n’est pas désagréable. C’est même exactement ce qu’on cherchait.
Papa Westray : une île des Orcades hors du temps

Papay fait partie des îles Orcades du Nord, à l’extrémité septentrionale de cet archipel de soixante-sept îles au nord de l’Écosse. Sur la même latitude que Bergen, en Norvège. L’île s’étend sur neuf kilomètres carrés, assez pour se perdre, pas assez pour vraiment se noyer. On la parcourt à pied en une journée sans effort particulier.
Quatre-vingts habitants, des moutons et le vent
On croise plus de moutons que de gens. C’est une observation que j’aurais pu trouver pittoresque dans un guide. En vrai, c’est juste la réalité. Les quatre-vingts habitants de Papay vivent de l’agriculture, essentiellement. Les fermes sont dispersées dans les landes, séparées par des tourbes et des chemins de terre qui serpentent jusqu’à la côte. L’école de l’île accueille quatre enfants. Quand une nouvelle famille est arrivée récemment, l’école a dû ouvrir une classe supplémentaire. Voilà le genre d’échelle à laquelle on fonctionne ici.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la solidarité. Ces gens-là s’entraident avec une évidence qui n’existe plus trop ailleurs. Ils ne font pas semblant ils ont besoin les uns des autres, concrètement. Ce n’est pas un concept. C’est une nécessité. Et ça se sent dans chaque échange, même bref, même avec une touriste de passage qui arrive avec son appareil photo et ses questions naïves.
Le Knap of Howar : la plus ancienne maison d’Europe du Nord
L’île prétend abriter la plus ancienne maison d’Europe du Nord. Ce n’est pas une façon de parler. Le Knap of Howar était occupé par des agriculteurs néolithiques il y a plus de cinq mille ans avant même la construction des pyramides d’Égypte. Deux structures de pierre émergent du sol en bord de plage, protégées seulement par le ciel et le vent. On peut entrer. On s’y baisse, parce que les entrées sont basses. Et on reste là, debout dans ce qui était une cuisine, un espace de vie, une maison avec la mer à dix mètres et le même horizon que les gens qui vivaient ici en 3500 avant J.C.

Des recherches archéologiques menées par l’Historic Environment Scotland ont également mis au jour des tombes vikings sur l’île, datant de plus de mille ans. L’analyse ostéologique suggère que certains de ces squelettes pourraient être parmi les premiers colons norvégiens des Orcades. Papa Westray porte en elle plusieurs millénaires d’histoire superposée, sans musée, sans mise en scène. Juste là, sur le sol.

On trouve aussi la Holland House, qui abrite un petit musée folklorique, et l’église St Boniface Kirk du XIIe siècle, restaurée et toujours debout. Plus discret mais impressionnant : le Holm of Papay, un cairn funéraire qui compte parmi les plus remarquables des Orcades. Ces îles méritent bien leur surnom d’Égypte du Nord.
Que faire à Papa Westray en une journée

Une journée suffit. Je suis partie le matin depuis Kirkwall, rentrée le soir. Aucune difficulté logistique majeure, si ce n’est qu’il faut réserver son billet Loganair à l’avance, les places sont rares et la demande existe. Sur place, pas de voiture nécessaire. On marche. C’est le principe.
La réserve RSPB et les oiseaux du North Hill
À l’extrémité nord de l’île s’élève le North Hill, point culminant à quarante-neuf mètres. Ce n’est pas vertigineux. Mais c’est là que se trouve la réserve naturelle gérée par la RSPB (Royal Society for the Protection of Birds). Papa Westray est un haut lieu ornithologique des Orcades. Macareux moines, sternes arctiques, labbes, petits pingouins, le ciel de Papay est animé d’une façon que je n’avais pas vu depuis longtemps. L’été, les colonies de sternes deviennent presque agressives si on s’approche de leurs nids. Elles piquent. C’est documenté. J’ai marché vite.

Sur les plages, on peut apercevoir des phoques. Ils s’allongent sur les rochers comme des gens fatigués un dimanche matin. On dit qu’il y a des baleines à l’horizon, les jours dégagés. Moi, je n’en ai pas vues. Mais j’ai cherché longtemps, et c’est déjà quelque chose.
Une journée avec Malcolm Handoll, guide sensoriel
Le moment qui restera gravé, c’est la journée passée avec Malcolm Handoll, guide touristique spécialiste des expériences sensorielles sur l’île. Le programme était simple : une balade dans la campagne de Papay, une recherche d’algues sur la plage, puis une session dans une grange aménagée pour apprendre à allumer un feu à mains nues.

Frotter deux branches de bois sec l’une contre l’autre jusqu’à voir une flamme naître, c’est plus long qu’on ne croit. Et le vent glacé de la mer du Nord n’aide pas. Les mains s’engourdissent assez vite. À un moment, j’ai pensé à ces émissions de survie télévisées avec leur côté spartiate calculé. Sauf qu’ici, c’est réel. L’écume des vagues arrive jusqu’à nos pieds. La bruine froide s’installe sur les épaules. Et quelqu’un finit par faire du feu, dans cette grange qui sent la tourbe et le bois mouillé.

On a aussi ramassé des algues sur la plage, les doigts dans l’écume glacée, le vent dans les oreilles et traversé des landes vertes pour tomber, presque par accident, sur un tombeau préhistorique. Pas de panneau. Pas de barrière. Juste des pierres dans l’herbe rase, et le ciel gris de l’Atlantique au-dessus.

Comment rejoindre Papa Westray : avion ou ferry
Il existe deux options pour se rendre à Papay depuis Kirkwall, la capitale des Orcades.
L’avion est de loin la plus logique et la plus mémorable. Loganair propose des vols depuis Kirkwall via Westray jusqu’à Papa Westray plusieurs fois par semaine. C’est là que se fait le fameux vol de deux minutes entre Westray et Papa Westray, reconnu par le Guinness World Records. Le prix du billet reste très raisonnable pour une telle expérience. Réservez bien à l’avance : l’avion ne transporte que huit passagers, et certains vols affichent complet. Pour préparer votre trajet depuis la France, pensez à vérifier les formalités d’entrée au Royaume-Uni post-Brexit, un passeport en cours de validité est désormais obligatoire pour les ressortissants français.
Le ferry est l’alternative. Des liaisons existent entre Papa Westray, Westray et Kirkwall via Orkney Ferries, notamment depuis Pierowall et Rapness. Comptez une à deux heures selon les connexions. C’est moins spectaculaire, mais ça reste une belle traversée avec les îles qui défilent.

Pour rejoindre Kirkwall depuis la France, plusieurs options : vol depuis Paris via Édimbourg ou Inverness, puis correspondance Loganair. Vous pouvez aussi combiner avec un séjour à Édimbourg en début ou fin de roadtrip.
Où dormir à Papa Westray

L’option principale, c’est le Papa Westray Hostel, Beltane House. Ne vous attendez pas à un boutique hotel avec service de chambre. C’est une maison d’hôte simple, propre, avec un immense jardin qui donne sur les pâturages. Plusieurs chambres. Tout ce qu’il faut pour récupérer après une journée dans le vent. Et les scones faits maison du matin valent vraiment le détour, avec une bonne apple pie si vous restez pour le soir.
Adresse : Beltane House, Papa Westray, Orkney, KW17 2BU, www.papawestray.co.uk
Passer une nuit sur place change vraiment l’expérience. Le soir, quand les derniers visiteurs (rares) sont repartis, l’île est à vous. Le silence n’est coupé que par le vent et les oiseaux.
Infos pratiques pour votre séjour dans les Orcades
La meilleure période pour visiter Papa Westray et les Orcades s’étend de mai à septembre. Les jours sont interminables en été, le soleil se couche après 22h à Midsummer. Pour l’observation des oiseaux, mai-juin est idéal. En dehors de la haute saison, l’île est encore plus tranquille, et le vent encore plus présent.
Le site officiel VisitScotland regroupe toutes les informations pratiques sur les Orcades, les traversées et les hébergements de l’archipel. Pour les billets Loganair, réservez directement sur leur site avec plusieurs semaines d’avance en saison.
Papa Westray se prête parfaitement à une étape lors d’un plus grand roadtrip en Écosse. Si vous explorez le nord, ne manquez pas le nord de l’Écosse sur les traces des Vikings, le château de Cawdor, ni le Loch Ness, chacun de ces endroits raconte une couche différente de l’histoire écossaise. Et si vous passez par Dundee en cours de route, c’est une ville qui mérite vraiment qu’on s’y arrête une journée.

Pour optimiser votre valise pour ce type de voyage, pensez imperméable, couches superposables et chaussures de marche. Les Orcades en été ne ressemblent pas aux Caraïbes. Prévoyez toujours un coupe-vent, même en juillet. Le temps change vite. Vraiment.
Le mot de Christel
Papa Westray, c’est le genre d’endroit dont on revient avec les chaussures trempées, les joues rouges et un sourire que personne ne comprend vraiment. Le vent glacé de la mer du Nord te rentre dans les os dès que tu poses le pied hors de ce micro-avion et honnêtement, c’est exactement pour ça qu’il faut y aller. Pas pour les attractions. Il n’y en a presque pas. Pour ce sentiment précis : être à quatre-vingts habitants du bout du monde, en train de ramasser des algues sur une plage néolithique avec Malcolm, pendant que les moutons te regardent avec un air condescendant. J’y suis allée une seule journée. Je n’ai pas regretté une seconde. Et le vol de deux minutes, je l’aurais bien refait juste pour le plaisir.
Dans le Club, j’ai compilé mes adresses testées dans tout le nord de l’Écosse dont ce qu’on peut réalistement faire en 24h sur Papay, le bon moment pour réserver chez Loganair sans payer plein pot, et quelques détours que je n’ai jamais publiés ici.
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Bonjour, Nous pensons en aout prochain aller visiter ces 2 petites iles Westray et papawestray en avion. Nous partirons de Kriwall (orcades). Est- ce possible de le faire sur la journée ou faut il prévoir 2 jours avec une nuitée sur Westray? Papawestray? merci de vos conseils. Voyagementvotre.
Bonjour,
Merci pour votre commentaire. Alors on peut parfaitement visiter l’île en une journée. Mais si vous souhaitez profiter de cette ambiance nature, vous pouvez également passer une nuit sur place. Moi, j’y étais allée une seule journée (partie le matin, rentrée le soir), cela se fait sans grande difficulté. Après sur l’île en soit, il n’y a pas grand chose… Une salle communale qui fait bar et quelques maisons privées. Mais cela vaut le coup parce que la nature y est splendide. C’est vraiment très beau. On y voit beaucoup d’oiseaux… On ne perd pas de temps à l’aéroport parce qu’il est tout petit.