Bélem Brésil : mon voyage au bord de l’Amazone

Je partais de Guyane d’outre-mer. Pas d’avion, pas de croisière. Un taxi-brousse bringuebaler sur des routes de latérite, un pont tout neuf au-dessus de l’Oyapock, et de l’autre côté : le Brésil. Bélem n’était pas ma destination de rêve. C’était juste la ville au bout de la route. Et c’est exactement pour ça que j’y suis allée.

Comment rejoindre Bélem depuis la Guyane

Le pont de Saint-Georges-de-l’Oyapock a changé la donne. Avant lui, passer côté brésilien relevait de l’aventure pure. Maintenant, on monte dans un taxi-brousse à Cayenne et on roule. Ça chante dedans, ça rit, ça dort en travers des sièges. L’ambiance compense largement l’inconfort.

On traverse l’Amapá, l’état le plus pauvre du Brésil. Les routes ressemblent à des chemins de brousse. La végétation mange tout : les bords de route, les poteaux, parfois même les maisons. De temps en temps, un hamac sur une véranda. Des gens qui font la sieste en plein midi comme si le monde entier pouvait attendre. Je les ai enviés.

Au bout de deux jours de route, Bélem apparaît. Je suis à l’embouchure du fleuve Amazone. Pas dans un documentaire. Vraiment là, les pieds sur le bitume fissuré, à chercher une pousada dans une ville qui n’affiche rien.

Bélem, une ville à l’ambiance à part

Soyons directs. Bélem Brésil n’est pas une ville facile. Elle est pauvre, dense, parfois crasseuse. Le soir, on évite de sortir. Pas par manque d’envie, par bon sens. Quand je travaillais à France Ô à Cayenne, les faits divers impliquant des Français de passage à Bélem étaient fréquents. L’alcool est partout. Les sollicitations aussi.

Et pourtant. Il y a dans cette ville quelque chose qui retient. Son architecture coloniale portugaise d’abord, des façades décrépites qui gardent encore leurs couleurs. Turquoise, ocre, vieux rose. La beauté résiste à la misère, c’est tenace.

Sa position géographique aussi est vertigineuse. Bélem est à l’embouchure du plus grand fleuve du monde. On le sent partout, dans l’humidité de l’air, dans les odeurs, dans la logique même de la ville qui tourne le dos au reste du pays pour regarder l’eau.

Vue sur le port de Bélem Brésil depuis le quai du marché Ver-o-Peso
Dans le port de Bélem au Brésil : la ville tourne le dos au pays pour regarder le fleuve

Le marché Ver-o-Peso, symbole de Bélem

C’est là qu’il faut aller en premier. Le Ver-o-Peso s’étire le long du quai, au bord de l’Amazone. Poissons géants qu’on ne sait pas nommer, fruits dont on ignore l’existence, plantes médicinales en tas colorés, paniers tressés, vêtements, artisanat. Tout se vend, tout se crie, tout sent fort.

Très fort, même. Si vous passez tôt le matin, ce que je recommande, préparez-vous à une expérience olfactive mémorable. Les poissons sont frais depuis quelques heures à peine, mais sous la chaleur équatoriale, le processus s’accélère vite. Ventre bien accroché exigé.

J’y ai acheté des sandwichs et des maracudjas fraîches. Le déjeuner le plus savoureux du voyage. Simple, local, parfait.

Étals de poissons et fruits au marché Ver-o-Peso de Bélem Brésil
Poissons à vendre sur le marché Ver-o-Peso, le symbole de Bélem

La Praça da República et le quartier historique

En centre-ville, la Praça da República mérite un détour. Un grand jardin arboré que les familles investissent le week-end. Le matin, un petit marché s’y installe. Pas exceptionnel, mais agréable. On s’y pose, on regarde les gens, on souffle entre deux visites.

Le quartier de la vieille ville, lui, est un vrai coup de cœur. Les façades en mauvais état n’enlèvent rien à la beauté de l’ensemble. C’est authentique au sens littéral du terme, pas mis en scène pour le touriste, pas restauré pour Instagram. J’y ai flâné un bon moment avant que la chaleur ne me décourage. Parce que la chaleur à Bélem, c’est sérieux. Tropicale, humide, collante. Elle a raison de vous vers quatorze heures.

Dock du port de Bélem au Brésil au bord de l'Amazone
Le dock de Bélem, point de départ des bateaux vers Manaus et Santarém

La Casa das Onze Janelas et le meilleur restaurant de la ville

Après le marché, on file vers la Casa das Onze Janelas. Cet ancien hôpital militaire abrite aujourd’hui une galerie d’art et ce qui est unanimement considéré comme le meilleur restaurant de la ville. Bon, c’est cher. Relativement parlant. Mais la position face à l’Amazone justifie presque à elle seule l’addition.

Moi, j’ai préféré m’installer dehors, sur les canons. Cocktail de fruits frais à la main, fleuve devant, chaleur qui tombe un peu. C’est là que Bélem m’a eue. Pas dans ses rues, pas dans ses musées. Dans ce calme apparent au bord de l’eau, avec le sentiment d’être à l’endroit le plus reculé du monde.

Embarcadère de Bélem Pará Brésil sur les rives de l'Amazone
Le dock de Bélem au bord de l’Amazone, face à la Casa das Onze Janelas

La cathédrale Nossa Senhora de Nazaré do Pará

Passage obligatoire. La Nossa Senhora de Nazaré Cathedral in Belem do Para est absolument ravissante de l’extérieur. À l’intérieur, c’est une autre dimension. Dorures, hauteur de plafond, lumière filtrée : on comprend pourquoi le Círio de Nazaré, le pèlerinage annuel qui se déroule ici chaque octobre, attire deux millions de personnes. C’est l’un des plus grands rassemblements catholiques d’Amérique du Sud et personne n’en parle.

Intérieur de la cathédrale Nossa Senhora de Nazaré à Bélem do Pará au Brésil
L’intérieur de la Nossa Senhora de Nazaré Cathedral in Belem do Para

De Bélem vers Manaus : naviguer sur l’Amazone

Après deux jours à Bélem, je repars. Direction Manaus, sur l’Amazone, puis Santarém. Le bateau remonte le fleuve pendant des jours. Le décor se répète à l’infini : mangroves, densité d’arbres hallucinante, pirogues qui se croisent selon qu’elles remontent ou descendent le courant.

Le décor peut paraître lassant sur le papier. Sur place, c’est hypnotique. On perd la notion du temps. On s’installe dans un rythme qui n’appartient qu’au fleuve.

Sous l’eau, des piranhas. Je m’amusais à jeter des miettes de pain par-dessus bord pour les voir surgir. Pas très raisonnable, mais inoubliable. Les moustiques, eux, étaient beaucoup moins amusants. J’ai fini le voyage avec l’impression d’avoir été intégralement dévorée. C’est le prix à payer pour l’Amazonie.

Naviguer en pirogue sur le fleuve Amazone près de Bélem Brésil
Naviguer en pirogue sur l’Amazone : entre Bélem et Manaus

Infos pratiques pour visiter Bélem Brésil

Où dormir à Bélem. Il n’y a aucun panneau signalant un hôtel ou une pousada en ville, une mesure délibérée pour ne pas attirer l’attention sur les touristes. Réservez avant d’arriver. Nous avions booké la Pousada Residencia B&B quelques jours avant notre arrivée. Des fils barbelés électrifiés entourent la propriété, un peu saisissant la première fois. À l’intérieur, c’est propre, calme et bien tenu. Comptez environ 80 R$/nuit pour deux personnes, petit-déjeuner inclus et le petit-déjeuner vaut vraiment quelque chose.

Où manger. Le Ver-o-Peso reste la meilleure option pour déjeuner sur le pouce : sandwichs locaux et fruits frais à prix dérisoire. Pour un repas assis avec une belle vue sur le fleuve, la Casa das Onze Janelas est la référence.

Sécurité. Évitez de quitter votre hébergement après la tombée de la nuit. Ce n’est pas de la paranoïa, c’est le conseil unanime des habitants eux-mêmes. La journée, restez attentif dans les zones commerçantes et au marché.

Saison. Bélem est en zone équatoriale. Il pleut toute l’année. La saison moins humide s’étend de juillet à novembre, les températures restent autour de 30°C en permanence.

Budget. Bélem est une ville bon marché, même pour les standards brésiliens. Le réal étant favorable à l’euro, les dépenses restent modestes.

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Le mot de Christel

Bélem ne figure dans aucun guide des « incontournables du Brésil ». Et c’est précisément pour ça que j’y suis allée. La ville est rude, pauvre, franchement peu touristique. Mais elle a une densité que les destinations lisses n’auront jamais. Le Ver-o-Peso à l’aube, les piranhas sous le bateau, la cathédrale dorée au milieu du chaos : ces images-là ne s’effacent pas. Bélem n’est pas un détour prononcé, je le dis honnêtement. C’est une escale pour celles qui n’ont pas peur du réel.

Dans le Club Jet-lag, je partage mes adresses testées, mes itinéraires détaillés et mes conseils pratiques pour voyager sans se tromper, y compris pour les destinations hors des sentiers battus.

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2 commentaires sur “Bélem Brésil : mon voyage au bord de l’Amazone

  1. Coucou Christel, super article sur Belem, N’hésitez pas a nous contacter si jamais vous pensez revenir au Brésil nous avons une agence de voyage 100% francophone et 100% proche du parc des Lencois Maranhenses dans le Nordeste du Brésil (état du Maranhao). Nous serons ravis de vous faire découvrir notre regions et vous donner toutes les informations pour monter votre road-trip.
    Cordialement
    Amine

    1. Merci beaucoup… J’espère avoir la chance d’y retourner. Je ne manquerai pas alors de vous contacter 🙂

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