Manger des insectes en Thaïlande : j’ai vraiment osé

C’était à Sukhothai. Le soleil venait de tomber. Julien était allé chercher à manger pendant que je m’installais sur la terrasse de notre cabane avec un livre. Il est revenu les mains chargées de sacs plastique, de boissons, d’un bol de riz sucré. Et puis d’un tout petit sachet de trucs noirs auxquels je n’avais pas prêté attention.

Il a ouvert le sachet machinalement. A versé le contenu dans une petite gamelle thaïe. Et là, j’ai eu peur. Vraiment peur. Il a rigolé en voyant ma tête. Voilà comment a commencé mon expérience de manger des insectes en Thaïlande.

plateau d'insectes comestibles à manger en Thaïlande
plateau d’insectes comestibles à manger en Thaïlande

La scène du crime : Julien revient avec un sachet mystérieux

Dans la gamelle, des grillons. Des vers. Quelques formes que je ne savais pas trop identifier. Julien m’a dit « c’est riche en protéines » avec l’air de celui qui énonce une évidence. Moi, j’avais la voix qui avait changé de registre.

Ce qui est drôle c’est que je regarde Koh Lanta parfois. Je me dis toujours que les jeux à base d’insectes ne me feraient pas peur. Résultat des courses en vrai : j’ai attrapé un gros grillon noir par les pattes en retenant ma respiration.

La Thaïlande vous réserve des surprises à chaque coin de rue. Ça, personne ne vous le dit dans les guides.

Ce qu’on trouve dans un marché d’insectes à Bangkok

Les stands d’insectes font partie du paysage urbain thaïlandais. A Bangkok la nuit, dans les quartiers animés, des panneaux clignotants et une odeur d’huile chaude vous indiquent que vous approchez d’un food market version locale. Sauf qu’ici, les chips ne sont pas en pomme de terre.

On compte plus de 20 000 éleveurs de grillons en Thaïlande. La production dépasse 7 tonnes par an. Cette industrie s’est développée après la crise asiatique de 1997, quand des travailleurs urbains sont retournés dans leurs villages et ont cherché des revenus alternatifs. Le grillon a sauvé plus d’une exploitation agricole dans le nord du pays.

Sur les étals, vous choisissez selon votre courage du moment. Les cuisines asiatiques réservent toujours une case à ce que les Occidentaux appellent « l’étrange ». Ici, c’est juste la norme.

Les espèces les plus populaires sur les étals

Le grillon domine largement. Facile à manger, goût neutre, texture croquante. C’est le meilleur point d’entrée quand on débute. Ensuite il y a les sauterelles, plus grandes, plus impressionnantes visuellement. Les vers de farine sont populaires auprès des connaisseurs. Les chenilles, elles, sont une autre histoire. Molle en bouche. Un goût de châtaigne assez doux. Mais la texture… on y revient.

Près de 2 000 espèces sont consommées dans le monde selon la FAO. La Thaïlande est l’un des pays où cette pratique est la plus ancrée culturellement, bien avant que l’entomophagie ne devienne un sujet de conférence TED.

Grillon, chenille, sauterelle : le verdict honnête

Le grillon frit, avec la sauce thaïe au curry que les vendeurs ajoutent, c’est franchement bon. Croquant, légèrement salé, un fond de noisette. Si quelqu’un vous servait ça dans un bol sans vous dire ce que c’est, vous en reprendriez probablement.

La sauterelle rôtie, elle, a un goût de chip. Vraiment. On avait fini l’assiette. On en a racheté quelques jours plus tard sur un autre marché. Je ne m’y attendais pas du tout.

Christel face à un grillon frit en Thaïlande — expérience street food
Christel face à un grillon frit en Thaïlande : expérience street food

La chenille, en revanche, m’a posé problème. Pas le goût. La texture. Molle sous la dent, ça laisse une sensation bizarre dont on n’est pas immédiatement client. Si vous débutez, passez les chenilles en dernier. Ou pas du tout. Personne ne vous jugera.

Ce que ça apporte côté nutrition : sans le discours

Julien avait raison sur les protéines. Un grillon contient autant de protéines que la viande de boeuf, pour une empreinte carbone infiniment plus faible. Zéro matière grasse ou presque. Des acides aminés essentiels. Des minéraux. C’est objectivement une excellente source nutritionnelle.

Je ne vais pas vous faire le discours sur l’avenir de l’alimentation mondiale. Disons simplement qu’en mangeant des grillons frits à Sukhothai, j’étais probablement plus vertueuse que lors de mon dernier steak. C’est une pensée qui aide à avaler.

Pour info, les Thaïlandais ne s’embarrassent pas de ce raisonnement. Pour eux, c’est juste bon. Et depuis longtemps. Ce décalage de perception dit quelque chose d’intéressant sur nos propres biais alimentaires.

Faut-il avoir peur avant de tenter l’expérience

La peur, c’est d’abord une question de regard. Un grillon frit ressemble à un grillon. Il ne ressemble pas à une crevette. Il n’y a pas de transformation visuelle rassurante. C’est là que la barrière psychologique joue à plein.

Mon conseil : ne le considérez pas comme un insecte. Prenez-le comme une sucette. Mettez-le entier dans la bouche. Ne le mordez pas en deux pour regarder l’intérieur. Avalez. C’est dans cet ordre que ça se passe le mieux.

Une fois la première bestiole passée, le cerveau recalibre. Le dégoût laisse place à la curiosité. On commence à distinguer les saveurs. On remarque que c’est croustillant comme des chips. On tend la main vers le bol. Et là, on comprend pourquoi les Thaïlandais en mangent depuis des siècles.

Pour une autre expérience culinaire surprenante en Asie, je vous recommande de lire ce guide sur la cuisine thaïe qui m’avait bien préparée — enfin, à moitié.

Où acheter des insectes en Thaïlande et comment s’y prendre

Les hôtels n’en servent pas. C’est une règle tacite : les établissements qui accueillent des voyageurs étrangers savent que ce n’est pas forcément ce qu’on cherche au petit-déjeuner. Donc pour trouver des insectes comestibles en Thaïlande, il faut aller dans la rue.

Les marchés de nuit de Bangkok sont le meilleur endroit. Notamment dans les quartiers animés du centre. Des stands alignés, des bols de grillons dorés sous des ampoules jaunes, une vendeuse qui remue son wok avec l’air de quelqu’un qui fait la chose la plus normale du monde.

A Chiang Mai et dans le nord du pays, on en trouve également sur les marchés de jour. Les élevages locaux alimentent directement les étals. Frais du jour, littéralement.

Prévoyez aussi une visite au InterContinental de Bangkok pour décompresser après l’expérience. Le contraste est saisissant.

Une dernière chose. Près d’un marché que nous avions visité, une femme faisait griller des grenouilles en brochette sur un feu de charbon. Elle ajoutait ensuite quelques insectes par-dessus. Ça sentait bon. Je n’ai pas osé demander ce que c’était exactement. Parfois, il vaut mieux ne pas savoir avant de goûter.

Si vous planifiez votre séjour, l’article sur le Radisson Blu Plaza à Bangkok et celui sur l’expérience Peninsula vous aideront à organiser votre base arrière. Et pour l’après-Thaïlande, l’espace bien-être du Rayavadee remet les idées en ordre.

Pour comprendre ce qui attire autant les voyageurs en Thaïlande, la réponse tient en partie dans cette capacité du pays à décaler notre regard sur tout — y compris sur ce qu’on met dans notre assiette.

Et si vous avez peur des vraies araignées de la région, j’ai aussi survécu à une rencontre avec une matoutou en Guyane. En comparaison, un grillon frit c’est une mise en bouche.

Le mot de Christel

Je ne suis pas devenue une enthousiaste de l’entomophagie. Je ne commande pas des grillons sur internet pour les glisser dans mes salades. Mais cette expérience-là a changé quelque chose dans ma façon d’aborder la nourriture en voyage. La règle que j’ai adoptée depuis : goûter avant de demander ce que c’est. Ça évite les blocages inutiles. Et ça réserve des surprises franchement agréables.

Dans le Club Jet-lag, je partage mes itinéraires Thaïlande détaillés, mes adresses food market préférées à Bangkok, et mes conseils pour voyager en Asie du Sud-Est sans se tromper de saison ni d’hôtel.

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8 commentaires sur “Manger des insectes en Thaïlande : j’ai vraiment osé

  1. Hello à vous,

    Je cherchais des informations sur les insectes en Asie du Sud Est et je suis tombée sur sur votre blog. Pour ma part je ne suis pas fan des insectes, en fait je hais ça. Vous êtes bien courageux ou gourmands 🙂

    1. LOL ! Je n’étais pas rassurée non plus, Rattana, si cela peut te rassurer ! Mais en même temps, ces insectes étaient morts donc aucun risque !

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