Que faire en Guyane quand on y a vraiment vécu

On me demande souvent comment était mon voyage en Guyane. Je corrige toujours. Je n’y ai pas voyagé. J’y ai vécu. Neuf mois, ou presque. Et croyez-moi, ça change tout. On ne regarde pas un endroit de la même façon quand on y dort, qu’on y travaille, qu’on s’y fait dévorer par les moustiques. La Guyane, je l’ai dans la peau. Au sens propre, vu les cicatrices.

voyage en Guyane forêt amazonienne
La forêt amazonienne guyanaise, vue d’en haut

La Guyane, française sur le papier seulement

Vous êtes en France. Officiellement. Sauf que rien ne ressemble à la France. C’est une sensation bizarre, presque vertigineuse. Être chez soi sans s’y sentir chez soi. À l’école, on m’avait appris que le plus long fleuve français était le Rhône. Mensonge. Face au Maroni, le Rhône fait figure de ruisseau. Voilà le genre de détail qui résume tout un territoire d’Amérique du Sud rangé dans la case « métropole ».

Là-bas, on découvre les absurdités de l’administration. Des règles pensées à Paris, plaquées sur la jungle. Ça grince. Je comprends d’ailleurs un peu les Guyanais. Quand vous vivez sur place, le sentiment d’être français s’effiloche vite. Côté Oyapock, vous êtes plus au Brésil qu’en France. Et pourtant. Malgré tout, j’en ai gardé un attachement profond. Un truc qui ne s’explique pas vraiment.

Parce que cette nature sauvage, cette faune, cette forêt qui mange l’horizon, ça vous remue. Entre les caïmans, les singes hurleurs et les piranhas, les sensations fortes sont permanentes. Sans parler des mygales, tapies dans les coins. Tout y est grandiose. Démesuré. Une immersion totale, des villages amérindiens jusqu’aux profondeurs de l’Amazonie. On en ressort changé, c’est garanti.

Cette forêt qui ne ressemble à rien

La première chose qui vous saisit, c’est l’humidité. Une moiteur qui colle, qui enveloppe, qui ne lâche jamais. Quand on débarque d’un climat sec, le choc est réel. Vous avez chaud les premières heures. Puis le corps cède, s’habitue, oublie. À Cayenne et Saint-Laurent, la chaleur cogne fort entre 11h et 17h. Surtout en saison sèche.

En forêt, c’est autre chose. Les arbres font écran au soleil mais l’air devient liquide. Sur les fleuves, méfiance. La réverbération sur l’eau donne des coups de soleil mémorables. J’en ai fait l’expérience. Crème solaire obligatoire, même à l’ombre des pirogues.

Dormir dans cette forêt, c’est une initiation. Oubliez l’hôtel dès que vous quittez la côte. Ici, on accroche un hamac sous un carbet, ce grand abri de bois ouvert sur la nuit. Chaque village guyanais en possède un pour les visiteurs. Prévoyez une moustiquaire si votre peau attire les bestioles. La mienne les rendait fous. Mon pire souvenir reste gravé. Quarante-sept piqûres sur un seul mollet. Je vous laisse imaginer le reste du corps. Emportez aussi de l’antiseptique, parce que là-bas, tout s’infecte à une vitesse folle. On se gratte, on a tort, on recommence.

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La fameuse matoutou, la mygale endémique de Guyane

Côté faune, vous croiserez du lourd. Les tortues luth qui viennent pondre sur les plages. Les mygales matoutou, ces araignées bleutées dont tout le monde parle sans les avoir vues. Le capybara aussi, le plus gros rongeur du monde, croisé un matin en pleine jungle. J’ai consacré tout un témoignage à ma rencontre avec une mygale, parce que franchement, ça méritait son chapitre.

Remonter le Maroni en pirogue

Si je devais garder une seule ville, ce serait Saint-Laurent du Maroni. Ma préférée, sans hésiter. Une ville à taille humaine où chaque communauté cohabite avec les autres, plutôt tranquillement. Cosmopolite jusqu’au bout des doigts. C’est aussi votre porte d’entrée vers l’ouest sauvage, vers Apatou et la fameuse zone interdite de Maripasoula. Ici, on navigue plus qu’on ne conduit.

La pirogue, donc. Il faut négocier les tarifs, et soyez vigilante, les arnaques existent. Comptez grosso modo 10 à 15 euros pour Apatou. Trente à quarante pour pousser jusqu’à Maripasoula. Sur les berges, vous apercevrez parfois des installations d’orpaillage illégal. L’or sauvage qui ronge le fleuve. Un autre visage de la Guyane, moins reluisant, mais bien réel.

Une de mes expériences les plus fortes, je la dois à une pirogue qui filait vers Apatou. Une rencontre avec un chamane. Difficile à raconter sans tomber dans le cliché, alors je n’essaierai même pas. Disons que certains instants ne se posent pas sur le papier. Ils restent. Plus loin, vers l’est, Saint-Georges de l’Oyapock et son pont flambant neuf ouvrent une fenêtre sur le Brésil. Les Français y filent pour faire leurs courses, moins chères de l’autre côté. La route est longue, six à huit heures. Emportez de l’eau, beaucoup, et de la glace pour la maintenir fraîche.

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Les marais de Kaw, à explorer en pirogue au lever du jour

Et puis il y a les marais de Kaw. Un sanctuaire. Au coucher du soleil, le village s’endort, le fleuve se calme, et le ciel se charge d’étoiles comme nulle part ailleurs. J’en parle plus en détail dans mon récit sur l’excursion aux marais de Kaw, une de ces sorties qu’on n’oublie pas.

Les îles du Salut et le silence du bagne

Au large de Kourou, trois bouts de terre chargés d’Histoire. Les îles du Salut. Dont la fameuse île du Diable, carte postale officieuse de la Guyane. On y débarque et le silence vous tombe dessus. Ce sont d’anciens bagnes. Des murs qui ont vu passer la misère et l’enfermement. Aujourd’hui, les cocotiers ont repris leurs droits, les sentiers serpentent, la mer cogne contre les rochers. Le contraste est saisissant. La beauté posée sur la douleur.

C’est le genre de lieu qui parle à celles qui cherchent autre chose qu’une plage. Une ambiance, une mémoire, un frisson. Margaux, si tu me lis, tes angles photo sont ici. La lumière de fin d’après-midi sur les vieilles pierres, ça vaut tous les filtres.

îles du Salut Guyane île Royale
L’île Royale, la plus accessible des îles du Salut

Quant aux plages de la côte, ne vous attendez pas au turquoise des Caraïbes. L’Amazone toute proche brasse les eaux et leur donne des reflets dorés, parfois bruns. Pas de carte postale léchée. Mais de jolies criques près de Cayenne où l’on se baigne sans danger. Pas de grosses vagues, pas de requins en embuscade. Juste l’océan, calme, ailleurs.

Voir une fusée déchirer le ciel

Kourou, je l’avoue, ne m’a jamais vraiment séduite. Trop européenne, trop fabriquée, posée au milieu de la Guyane comme une pièce rapportée. Et pourtant. Il y a ce moment. Ce moment où une fusée s’arrache du sol dans un grondement qui vous traverse les côtes. Vous ne regardez plus jamais le ciel pareil après ça. La base spatiale et son décollage de fusée méritent vraiment le détour, même pour les allergiques aux villes sans âme.

C’est l’un des grands paradoxes guyanais. Une technologie de pointe plantée au cœur de la forêt la plus dense du monde. D’un côté les amérindiens en pirogue, de l’autre Ariane qui part vers l’espace. Tout cohabite. Rien ne semble logique. C’est précisément ce qui rend l’endroit fascinant.

Manger, dormir et compter ses sous

Parlons argent, parce que la Guyane pique aussi le portefeuille. La vie sur place coûte cher. Comptez environ 30 % de plus qu’en métropole si vous voulez vivre à la française. Mon conseil de vieille habitante. Adaptez-vous. Filez au marché, là où les maracudjas et le manioc vous attendent. Les produits locaux restent abordables. Et le rhum ne coûte presque rien, parfait pour improviser quelques petits punchs en fin de journée.

Les loyers, eux, atteignent des sommets. Je me souviens d’une maison près de l’océan. Sept cents euros, et on était trois à payer. Pour la voiture, j’avais renoncé à faire venir la mienne, plombée par l’octroi de mer, cette taxe locale qui ajoute 20 % à tout. Je louais donc, ou je roulais avec le véhicule du travail, comme beaucoup d’expatriés. Attention aux routes pendant la saison des pluies, elles se creusent de trous monstrueux.

Côté table, la junk food a malheureusement débarqué. Mais il reste de vraies pépites. La cuisine créole, quand elle est bien faite, c’est une fête. Colombo, accras, bouillon d’awara aux jours de fête. Il y avait même un étoilé à Cayenne, si ma mémoire est bonne. Dès que vous quittez la côte, en revanche, les hôtels deviennent rares et chers. Reste le carbet et son hamac. C’est moins confortable. C’est tellement plus mémorable.

tortue luth ponte plage Guyane
La ponte des tortues luth, un spectacle rare sur les plages guyanaises

Avant de boucler la valise : l’essentiel

Quelques mots pratiques, vite fait, parce qu’on ne part pas en Guyane comme on part en Espagne. La fièvre jaune d’abord. Le vaccin est obligatoire pour entrer sur le territoire, à faire au moins dix jours avant le départ. Gardez votre carnet sur vous. Le répulsif anti-moustiques devient votre meilleur ami, mes quarante-sept piqûres en témoignent. Vêtements légers, crème solaire à indice élevé, et de quoi affronter les averses tropicales, foudroyantes mais courtes.

Pour y aller, l’addition grimpe. Un seul aéroport international, près de Cayenne. Peu de compagnies, donc des prix qui s’envolent. À mon époque, un aller simple Cayenne-Paris tournait autour de mille euros. Air France domine, Corsair et Air Caraïbes proposent aussi des vols. Comparez avant de réserver, ça vaut le coup d’œil. La meilleure période reste la saison sèche, grosso modo de juillet à novembre, quand les pluies se font discrètes.

Ce que la Guyane fait à ceux qui y restent

Voilà. Neuf mois résumés en quelques paragraphes, c’est dérisoire. La Guyane ne se visite pas vraiment. Elle se vit, elle s’encaisse, elle vous transforme un peu. On y arrive avec des clichés. On en repart avec des cicatrices de moustiques et des souvenirs qui ne s’effacent pas. La fusée dans le ciel, le chamane sur le fleuve, le silence du bagne, la moiteur de la canopée. Rien de tout ça ne tient sur une carte postale.

Alors si vous cherchez une destination qui sort des sentiers battus, une vraie, une qui vous décoiffe, vous savez où regarder. La Guyane attend les curieuses. Celles qui n’ont pas peur de transpirer pour mériter leurs émotions. Moi, j’y retournerais demain. Et vous ?

Le mot de Christel

La Guyane reste mon plus grand dépaysement, celui qui m’a appris que le luxe n’est pas toujours là où on l’attend. Parfois, c’est juste un hamac, un ciel d’étoiles et le bruit du fleuve.

Dans le Club Jet-Lag, je partage mes carnets complets, mes adresses confidentielles et les récits que je ne publie nulle part ailleurs.

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