Je vais être honnête. Quand Harley-Davidson m’a proposé de tester leur nouveau TriGlide, ma première réaction n’était pas l’enthousiasme. C’était quelque chose entre la curiosité et la panique discrète. Je ne suis pas motarde. Je n’ai jamais été motarde. Et là, on me mettait les clés d’un engin de 1,40 mètre de large, moteur bicylindre en V de 1 700 cm³, dans le sud de la France. Direction les Pyrénées.
Ce que je vais vous raconter ici, c’est ça. Pas un guide technique sur les cylindrées. Pas un comparatif de modèles. Une vraie expérience de voyage en Harley-Davidson vue de l’intérieur, par quelqu’un qui n’avait aucune raison d’y grimper et qui l’a fait quand même.

Le TriGlide : une Harley qui se conduit avec le permis B
Le TriGlide Ultra, c’est le premier modèle Harley-Davidson accessible sans permis moto en France. Trois roues, deux à l’arrière, une à l’avant. L’homologation en tricycle à moteur suffit, avec une petite formation de sept heures chez le concessionnaire. C’est ça, le truc. La Harley-Davidson devient accessible à tout le monde.
À tous ceux qui ont toujours rêvé de la route 66 sans jamais avoir passé le permis A, je vous dis : c’est exactement pour vous que cet engin existe.
Techniquement, c’est une Electra Glide à laquelle on a greffé deux roues arrière de 205 mm. Le résultat est imposant. Vraiment imposant. 1,40 mètre de large, des coffres qui avalent une valise cabine, une sellerie pour deux qui ferait rougir certains fauteuils business class. Il y a un GPS intégré, une radio, un ordinateur de bord. Et un pare-brise généreux qui vous protège de tout, y compris de vos propres doutes.

Premières impressions aux commandes
La première chose qui frappe, c’est l’absence de carrosserie autour de vous. On monte sur l’engin comme sur une moto, on enjambe le réservoir, et là, il n’y a rien pour vous protéger. Pas de ceinture. Pas de portière. Juste la route, le ciel, et le grondement du moteur.
Pendant les cinq premières minutes, je me suis harponnée au guidon. Instinct de survie, probablement.
Ensuite, il y a la prise en main. L’embrayage se gère au guidon, comme une moto classique. Le sélecteur de vitesses, au pied gauche. Trouver le point mort, le fameux point N, c’est l’épreuve. On bute dessus régulièrement au début. Ce n’est pas insurmontable, mais les novices absolu(e)s doivent s’armer de patience pour ce détail précis.
Clé de contact magnétique dans la poche. Frein de parking libéré. Et c’est parti.
L’air s’engouffre sous le pantalon et vient effleurer le genou. Les pieds sentent les vibrations de l’engin monter depuis le bitume. Mais jamais l’impression de chavirer. L’engin ne tremble pas. Il ronronne. Ce son, grave, continu, un peu sourd, c’est lui qui change tout. C’est lui qui fait que vous n’êtes plus sur une route du Gers mais quelque part entre Oklahoma City et Albuquerque.

Dans les Pyrénées sur une Harley : le terrain de jeu parfait
On n’a pas eu les grands espaces américains ce jour-là. On a eu mieux, en un sens. Les routes du sud de la France, sinueuses, encaissées, avec des virages qui se succèdent sans prévenir. Les Causses. Les gorges. Les cols. Exactement le genre de terrain qui met une moto à l’épreuve, et son pilote aussi.
Avec le TriGlide, on ne se faufile pas. C’est exclu. La largeur interdit les remontées de file et les petits malins entre les voitures. Mais le plaisir est ailleurs. Il est dans la façon dont les kilomètres disparaissent sans qu’on s’en rende compte. Dans les lacs aperçus entre les arbres. Dans l’odeur de résine à 1 000 mètres d’altitude. Ce week-end dans les Pyrénées reste gravé dans ma mémoire, et pas seulement parce que j’ai failli rater le point mort vingt fois.
Il y a aussi les gens. Dans chaque village traversé, les regards se posent sur l’engin. Les hommes reconnaissent la musique du pot d’échappement Harley avant même de voir la moto. Ils se retournent. Certains s’approchent pour poser des questions sur la cylindrée. On appartient soudain à quelque chose. Une confrérie silencieuse. Les bikers qui croisent le TriGlide lèvent la main. Ce geste, discret, presque codé, qui dit juste : on est de la même famille.

Ce qu’on a aimé, et ce qui surprend
Ce que j’ai vraiment aimé : la puissance à l’accélération. Là, pas de discussion. Ce moteur pousse avec une facilité déconcertante, presque indécente. On comprend immédiatement pourquoi les amoureux de la marque sont aussi intransigeants sur leur choix.
La selle aussi. Un confort sérieux, du genre à tenir plusieurs heures sans se plaindre. Les deux coffres sont pratiques. On glisse une valise cabine dans le grand, deux casques et un sac dans l’autre. C’est plus logeable qu’une Mini. Ce détail m’a fait sourire.
Ce qui surprend, en revanche : le TriGlide ne penche pas dans les virages. Il tourne à plat, comme un quad. Pour quelqu’un qui s’attendait à l’inclinaison d’une moto classique, le premier virage est une vraie surprise. Le cerveau envoie des signaux contradictoires. Ça passe, mais il faut y aller mentalement.
Et ce que j’ai le moins aimé : le fameux point N, encore lui. Un détail, mais un détail récurrent pour qui débute.

Préparer une balade en Harley-Davidson : ce qu’il faut savoir
Quelques infos pratiques pour celles et ceux qui seraient tentés.
Pour conduire le TriGlide en France, le permis B suffit. Il faut y ajouter une attestation de formation de sept heures, dispensée directement par les concessionnaires Harley-Davidson. C’est rapide. Franchement accessible.
Côté budget, les prix démarrent aux alentours de 36 000 euros pour un TriGlide neuf. Ce n’est pas rien. Mais la location reste une option très réaliste pour tester avant d’envisager quoi que ce soit d’autre.
Pour l’équipement, on s’est équipée d’un casque Sharp. Indispensable, évidemment. Et une tenue adaptée, pantalon résistant, veste avec protections. L’allure fait partie du voyage sur une Harley. Ce n’est pas facultatif.
Pour les itinéraires en France, les Pyrénées restent un terrain de jeu formidable. La Corse aussi, incontestablement. Le Cap Corse, la route des cols, l’intérieur sauvage. Les Causses et les gorges du Tarn. La route Napoléon vers Grasse. On a largement de quoi faire avant même de rêver à l’Amérique.

Rêver plus grand : la route 66 en Harley, un jour
Depuis notre périple sur la route 66, cette idée n’a jamais vraiment quitté ma tête. Prendre la route depuis Chicago, traverser les plaines de l’Illinois, les déserts du Nouveau-Mexique, finir à Santa Monica les pieds dans le Pacifique. Mais cette fois sur deux roues, ou plutôt trois.
C’est une autre expérience. Je le sais maintenant. Un road trip aux États-Unis depuis la fenêtre d’une voiture de location, c’est déjà formidable. Mais les kilomètres vécus sur une Harley, avec le vent, le son du moteur, et les yeux grands ouverts sur Monument Valley ou la Death Valley, c’est une autre dimension.
Pour celles et ceux qui n’ont pas le permis moto, le permis international suffit aux États-Unis pour rouler en trike. Il faudra souscrire une assurance moto adaptée sur place, prévoir un itinéraire road trip sérieux, et choisir une agence spécialisée si on ne veut pas gérer la logistique seule. Des organisateurs comme West Forever ou Planet Ride proposent des circuits sur mesure au guidon de Harley. À étudier.
L’ouest américain se prête parfaitement à ça. Les parcs nationaux, le Grand Canyon, Monument Valley, la Death Valley et les grandes routes droites qui n’en finissent pas. Tout ça fait sens, sur une Harley. Tout ça prend une autre échelle.

FAQ : Ce qu’on me demande souvent sur la Harley-Davidson
Peut-on conduire une Harley-Davidson sans permis moto ?
Oui, avec le TriGlide Ultra. Ce tricycle à moteur s’obtient avec le permis B standard, auquel s’ajoute une formation de sept heures chez un concessionnaire Harley-Davidson agréé en France.
Quel modèle Harley choisir pour un road trip ?
Pour les longs trajets avec bagages, les modèles Touring sont les plus adaptés : l’Electra Glide, la Street Glide Grand Touring ou la Road King offrent coffres et confort pour avaler les kilomètres. Pour la montagne, la Pan America est mieux adaptée aux routes sinueuses et à l’altitude.
Quel est le prix d’une Harley-Davidson TriGlide ?
Le TriGlide Ultra démarre autour de 35 000 à 37 000 euros neuf. Les modèles deux-roues de la gamme débutent aux alentours de 8 500 euros.
Où faire une balade moto en France ?
La Corse reste la référence absolue pour les bikers. Les Pyrénées et leurs cols, les gorges du Verdon, la route des Crêtes en Alsace, et la route Napoléon entre Gap et Grasse sont parmi les plus belles options en France métropolitaine.
Peut-on faire un road trip moto aux États-Unis sans permis moto français ?
Avec un trike comme le TriGlide, oui. Un permis de conduire international basé sur le permis B suffit dans la plupart des États américains. Il faut prévoir une assurance moto adaptée et vérifier les règles propres à chaque État avant de partir.

Le mot de Christel
Je ne suis pas motarde. Je ne le serai probablement jamais. Mais ce week-end dans les Pyrénées sur le TriGlide m’a donné quelque chose que je n’attendais pas : le sentiment, très bref, très physique, d’être ailleurs. Pas dans un avion, pas dans un hôtel. Vraiment sur la route. Ce son du moteur qui couvre tout le reste, les kilomètres qui disparaissent, les regards dans les villages. C’est une expérience à part. Et si vous avez toujours eu envie de Harley sans oser le permis moto, le TriGlide est une vraie porte d’entrée dans cet univers.
Dans le Club Jet-Lag, je partage mes itinéraires road trip détaillés, mes lieux de stop préférés entre Toulouse et les Pyrénées, et mes adresses d’hébergement testées pour les week-ends à moto dans le sud de la France.
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